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 Légendes Bretonnes

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Kim

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MessageSujet: Légendes Bretonnes   Jeu 2 Déc - 16:35

Un jour, un mendiant arriva chez un roi, et demanda l’aumône, au nom de Dieu. La fille du roi le remarqua, et elle dit à son père qu’elle voulait avoir ce mendiant-là pour mari. Le roi pensa d’abord que c’était pour plaisanter que sa fille parlait de la sorte. Mais, quand il vit qu’il n’en était rien et qu’elle parlait pour de bon et sérieusement, il lui dit :
— Il faut que vous ayez perdu la raison, ma fille, pour vouloir vous marier à un mendiant, la fille d’un roi comme vous l’êtes !
— Il n’y a pas à dire, mon père, il faut que je l’aie pour mari, ou je mourrai de douleur.
Le roi aimait sa fille par-dessus tout et faisait tout ce qu’elle voulait. Il lui dit donc qu’il la laisserait prendre le mendiant pour mari. Mais, le mendiant demanda que la princesse, ainsi que son père, sa mère et ses deux frères fussent baptisés, avant le mariage, car ils étaient tous païens. Ils furent tous baptisés, et le mendiant servit de parrain au prince aîné. On célébra alors les noces, et il y eut un grand festin.
Quand les noces furent terminées, le mari dit :
— Je vais, à présent, retourner chez moi, avec ma femme.
Et il prit congé de son beau-père, de sa belle-mère et de tous les gens de la noce. Avant de partir, il dit encore aux deux jeunes princes ses beaux-frères :
— Quand vous voudrez faire visite à votre sœur, rendez-vous auprès d’un grand rocher qui se trouve dans le bois voisin, frappez dessus deux coups en croix avec cette baguette, et je viendrai à votre rencontre.
Et il leur donna une baguette blanche, et partit aussitôt avec sa femme, sans que personne sût où ils étaient allés.
Quelque temps après ceci, le plus jeune des deux princes dit, un jour :
— Il faut que j’aille voir ma sœur, afin de savoir comment elle se trouve là où elle est.
Et il prit la baguette blanche donnée par son beau-frère et se rendit au bois. Quand il fut près du grand rocher, il frappa dessus deux coups en croix, et le rocher s’entrouvrit aussitôt, et il vit dessous son beau-frère, qui lui dit :
— Ah ! C’est toi, beau-frère chéri ? Je suis bien aise de te revoir ; mais, tu désires, sans doute, voir ta sœur aussi ?
— Oui, je veux voir ma sœur, pour savoir comment elle se trouve.
— Eh bien ! Suis-moi, et tu la verras.
— Où ?
— Dans mon palais ; descends et suis-moi.
Le jeune prince hésitait à descendre dans le trou noir qu’il voyait devant lui ; mais l’autre reprit :
— Viens avec moi, et sois sans crainte ; il ne t’arrivera pas de mal.
Il descendit dans le trou, et ils pénétrèrent tous les deux profondément sous la terre, jusqu’à ce qu’ils arrivèrent à un château magnifique. Dans ce château, le jeune prince vit sa sœur, dans une belle salle, magnifiquement vêtue et assise sur un siège d’or. Ils éprouvèrent une grande joie de se revoir. Le maître du château s’en alla, et les laissa tous les deux ensemble.
— Comment te trouves-tu ici, sœur chérie ? demanda le frère à la sœur.
— Je me trouve bien, frère chéri ; tout ce que je peux souhaiter m’est accordé sur-le-champ. Il n’y a qu’une chose qui me déplaît ; mon mari ne reste pas avec moi. Tous les matins, il part en voyage, au lever du soleil, et, pendant toute la journée, je suis seule.
— Où va-t-il donc de la sorte ?
— Je ne sais pas, frère chéri, il ne me le dit pas. — Je le lui demanderai, demain, pour voir.
— Oui, demande-le-lui.
Le lendemain, le prince se leva de bon matin, et il parla de la sorte à son beau-frère :
— Je voudrais aller aussi avec vous, pour me promener, beau-frère ?
— Je le veux bien, cher beau-frère.
Mais, à peine furent-ils sortis de la cour, que le maître du château demanda à son beau-frère :
— As-tu fermé la porte à clef sur ta sœur ?
— Non vraiment, répondit-il.
— Eh ! bien, va fermer la porte, vite, et puis, reviens.
Le prince alla fermer la porte ; mais, quand il revint, son beau-frère déjà était parti. Il se mit en colère, en voyant cela, et se dit :
— Eh bien ! Puisqu’il en est ainsi, je m’en reviens à la maison, tout de suite.
Il avait avec lui sa baguette blanche ; il en frappa deux coups en croix sur un grand rocher
Qui fermait l’entrée du souterrain, auprès du château, et le rocher s’entrouvrit aussitôt, et il entra dans le souterrain. Quand il arriva à l’autre extrémité, il frappa deux autres coups en croix sur le rocher qui le fermait de ce côté, lequel s’entrouvrit aussi, et il se retrouva sans mal à la maison.
Tout le monde s’empressait autour de lui, pour lui demander des nouvelles de sa sœur. Il raconta tout ce qu’il avait vu et entendu.
— Jésus ! Dirent le père et la mère, qu’est-ce donc que cet homme-là ?
— Moi, dit le prince aîné, je veux aller aussi voir ma sœur, et, avant de m’en retourner, je saurai ce qu’est cet homme.
Et il prend la baguette blanche des mains de son jeune frère, se rend au bois et frappe deux coups en croix sur le rocher.
Le rocher s’entrouvre aussitôt, et il voit dessous son beau-frère, qui lui dit :
— Ah ! Bonjour, filleul ; descends et partons, vite.
Le prince descend dans le souterrain, et son beau-frère le conduit jusqu’à sa sœur, puis il s’en va. Comme son frère, il fut étonné de voir sa sœur assise sur un siège d’or et richement parée.
— Tu te trouves bien ici, à ce qu’il semble, chère petite sœur ? Lui demanda-t-il.
— Oui, frère chéri, je suis assez bien ici…..
Il n’y a qu’une seule chose qui me contrarie.
— Qu’est-ce donc, chère petite sœur ?
— C’est que mon mari ne reste pas avec moi ; chaque matin, il part de la maison, et me laisse seule, tout le long du jour.
— Où donc va-t-il de la sorte, tous les jours, petite sœur ?
— Je ne sais pas, frère chéri.
— Je lui demanderai de l’accompagner, demain matin, pour voir.
— Oui, demande-lui, frère chéri ; mais, prends bien garde qu’il ne t’arrive comme à notre jeune frère.
— Oh ! Sois tranquille, je ne serai pas pris ainsi, moi.
Le lendemain matin, aussitôt le soleil levé, le maître du château était sur pied, et son beau-frère aussi. Celui-ci lui demanda de lui permettre de l’accompagner.
— Volontiers, lui dit-il, mais, partons vite, car il est temps.
Et ils sortirent ensemble du château. Mais, à peine eurent-ils fait quelques pas :
— As-tu fermé la porte à clef sur ta sœur ? demanda le maître du château.
— Oui, oui, parrain, je l’ai fermée, répondit le prince.
— C’est bien, partons, alors.
Ils passèrent, peu après, par une grande lande aride où il n’y avait que de la fougère et de l’ajonc maigre ; et pourtant on voyait couchées parmi la bruyère et l’ajonc deux vaches grasses et luisantes. Cela étonna le prince, qui dit :
— Voilà des vaches bien grasses et bien luisantes, sur une lande où elles ne trouvent rien à brouter !
Son beau-frère ne répondit pas ; mais, les vaches dirent :
— Dieu vous bénisse !
Et ils continuèrent leur route. Ils passèrent, alors, par une belle prairie où il y avait un pâturage excellent, et, au milieu de l’herbe, qui leur allait jusqu’au ventre, on voyait deux vaches, mais si maigres, si maigres, qu’elles n’avaient que les os et la peau. Et le prince, en voyant cela, dit encore :
— Voilà deux vaches bien maigres ; et pourtant elles sont dans l’herbe jusqu’au ventre !
— Dieu vous bénisse ! Lui dirent les deux vaches, comme les deux autres ; mais, le beau-frère du prince ne dit rien.
Et ils continuèrent leur route. Un peu plus loin, ils passèrent par un chemin profond et très étroit, où deux chèvres se heurtaient la tête l’une contre l’autre, et si violemment, que le sang en jaillissait autour d’elles.
— Jésus ! s’écria le prince, voilà deux pauvres bêtes qui se tueront ! Comment passerons-nous ? Elles obstruent tout le passage.
Son beau-frère ne répondait toujours point ; mais, les deux chèvres aussi dirent : « Que Dieu vous bénisse ! » Et elles cessèrent de se battre, et les deux voyageurs purent passer, sans mal.
Plus loin encore, ils arrivèrent à une vieille église en ruine, et y entrèrent. Elle était pleine de monde, mais c’étaient tous des morts, et il n’en subsistait que les ombres seulement.
— Me répondrez-vous la messe, puisque vous êtes chrétien ? demanda au prince son beau-frère.
— Je le veux bien, répondit-il, bien étonné ; mais il n’était pas peureux.
Et l’autre revêtit, alors, des habits de prêtre, puis il monta à l’autel et se mit à célébrer la messe, comme un véritable prêtre. Quand il fut à l’élévation, il se mit à vomir des crapauds et autres reptiles hideux…, et tous les assistants faisaient comme lui.
Quand la messe fut terminée, tous ceux qui étaient dans l’église, le prêtre à leur tête, vinrent au prince,
et lui dirent :
— « Vous nous avez délivrés ! Merci ! Merci ! » Puis ils s’en allèrent.
— Retournons, à présent, à la maison, dit au prince son beau-frère.
Et ils s’en retournèrent. Mais, ils ne revirent plus les choses extraordinaires qu’ils avaient vues d’abord, et, chemin faisant, le prince demanda à son beau-frère l’explication de tout cela. Alors, il lui parla de la sorte :
— A présent, je puis parler, et voici ce que signifie tout ce que vous avez vu : Les deux vaches grasses et luisantes, sur la lande aride, où il n’y avait que de la bruyère, de maigres ajoncs et des pierres, sont de pauvres gens qui vivaient honnêtement, quand ils étaient sur la terre, donnaient l’aumône, quoique pauvres, et étaient contents de leur condition, et, à présent, ils sont sauvés. Les deux vaches maigres et décharnées , au milieu d’un excellent pâturage, étaient des gens riches, qui ne faisaient qu’amasser des richesses et convoiter le bien de leurs voisins, ne donnant pas l’aumône au pauvre, et, quoique riches, ils étaient malheureux. Ils étaient, là où vous les avez vus, dans le purgatoire, et, pour leur pénitence, ils se trouvaient au milieu de l’herbe haute et grasse, sans pouvoir en manger. Les deux chèvres qui se battaient avec tant d’acharnement, dans la chemin étroit et profond, étaient deux voleurs, qui ne cherchaient que noise et bataille, et Dieu, pour les punir, les force à présent de se battre ainsi, depuis bien longtemps.
— Pourtant, tous m’ont remercié, quand nous avons passé près d’eux.
— C’est parce que vous les avez tous délivrés. Il avait été dit par Dieu qu’ils resteraient en l’état où vous les avez vus, jusqu’à ce que vînt à passer une personne qui ne fût pas morte et qui eût pitié d’eux ; et ils ont attendu longtemps !
— Et ce que j’ai vu dans la vieille église, qu’est-ce que cela signifie ?
— J’ai été un mauvais prêtre, pendant que j’étais sur la terre ; j’ai dit beaucoup de mauvaises messes, et commis un grand nombre d’autres péchés, et il avait été dit par Dieu que je ne serais sauvé, moi, ainsi que tous ceux que vous avez vus dans l’église, et qui m’avaient aidé à pécher et péché eux-mêmes avec moi, que lorsque j’aurais trouvé la fille d’un roi pour m’épouser, bien qu’habillé comme un mendiant, et un prince en vie pour me répondre la messe, ici ; j’ai attendu bien longtemps ! Les reptiles hideux que vous m’avez vu vomir, comme tous les autres qui étaient dans l’église, étaient autant de diables qui nous torturaient. A présent, nous sommes tous délivrés, grâce à vous.
— Et ma sœur, peut-elle retourner avec moi à la maison !
— Non, votre sœur, qui a contribué à me délivrer, comme vous, viendra, à présent, avec moi au paradis, et vous-même, vous nous y rejoindrez, sans tarder. Mais, il faut qu’auparavant vous retourniez à la maison, pour raconter à votre père et à votre mère et à votre frère tout ce que vous avez vu et entendu ici. Voici une lettre que vous leur remettrez, pour leur dire qu’ils ne soient pas inquiets au sujet de leur fille et sœur, car elle se rend avec moi au paradis, et si elle n’avait pas été ma femme, elle aurait été la femme du diable !
Le prince retourna, alors, à la maison et donna la lettre à lire à son père et à sa mère, et leur raconta tout ce qu’il avait vu et entendu durant son voyage. Il mourut, peu après, comme il lui avait été annoncé, et il alla rejoindre sa sœur et son beau–frère, là où ils étaient, pour rester avec eux à jamais

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MessageSujet: Re: Légendes Bretonnes   Jeu 2 Déc - 16:37

La Femme Du Trépas

Il y avait une vieille fille restée sans mari, sans doute parce qu’elle n’en avait jamais trouvé. Elle avait passé la quarantaine, et on lui disait souvent par plaisanterie :
— Vous vous marierez encore, Marguerite.
— Oui, oui, répondait-elle, quand le Trépas viendra me chercher.
Un jour du mois d’août, elle était seule dans la maison, occupée à préparer à manger aux batteurs, quand un personnage qu’elle ne connaissait pas entra soudain et lui demanda :
— Voulez-vous me prendre pour mari ?
— Qui êtes-vous ? Lui dit-elle, bien étonnée.
— Le Trépas, répondit l’inconnu.
— Alors, je veux bien vous prendre pour mari.
Et elle jeta là son bâton à bouillie, et courut à l’aire à battre :
— Venez dîner, quand vous voudrez, dit-elle aux batteurs, pour moi, je m’en vais, je me marie !
— Ce n’est pas possible, Marguerite ! S’écrièrent les batteurs,
— C’est comme je vous dis ; mon mari, le Trépas, est venu me chercher.
Le Trépas, avant de partir, lui dit qu’elle pouvait inviter aux noces autant de monde qu’elle voudrait, et qu’il reviendrait exactement au jour fixé.
Quand vint le jour convenu, le fiancé arriva, comme il l’avait promis. Il y eut un grand repas, et, en se levant de table, il dit à sa femme de faire ses adieux à ses parents et à tous les invités, car elle ne devait plus les revoir. Il lui dit encore d’emporter une croûte de pain, pour la grignoter, en route, si elle avait faim, car ils devaient aller bien loin, et de dire à son plus jeune frère, qui était son filleul, encore au berceau, de venir la voir, quand il serait grand, et de se diriger toujours du côté du soleil levant.
Marguerite fit ce qu’on lui recommandait, et ils partirent alors.
Ils allaient sur le vent, loin, bien loin, plus loin encore ; si bien que Marguerite demanda s’ils n’arriveraient pas bientôt au bout de leur voyage.
— Nous avons encore un bon bout de chemin à faire, répondit le Trépas.
— Je suis bien fatiguée, et je ne puis aller plus loin, sans me reposer et manger un peu.
Et ils s’arrêtèrent, pour passer la nuit, dans une vieille chapelle.
— Grignote ta croûte de pain, si tu as faim, dit le Trépas à sa femme ; pour moi, je ne mangerai point.
Le lendemain matin, ils se remettent en route. Ils vont encore loin, bien loin, toujours plus loin, si bien que Marguerite, fatiguée, dit de nouveau :
— Dieu, que c’est loin ! N’approchons-nous pas encore ?
— Si, nous approchons ; ne voyez-vous pas devant vous une haute muraille ?
— Oui, je vois une haute muraille devant moi.
— C’est là qu’est ma demeure.
Ils arrivent à la haute muraille, et entrent dans une cour.
— Dieu, que c’est beau ici ! s’écria Marguerite.
C’était là le château du Soleil-Levant. Tous les matins, il en partait, pour ne revenir que le soir, et ne disait pas à sa femme où il allait. Rien ne manquait d’ailleurs à Marguerite, et tout ce qu’elle souhaitait, elle l’avait aussitôt. Pourtant, elle s’ennuyait d’être toujours seule, tout le long des jours.
Un jour, qu’elle se promenait dans la cour du château, elle aperçut quelqu’un qui descendait la montagne voisine. Cela l’étonna, car nul autre que son mari n’approchait jamais du château. L’inconnu continuait de descendre la montagne, et il entra dans la cour du château. Alors, Marguerite reconnut son filleul, son jeune frère, qui était dans son berceau, quand elle partit de la maison de son père. Et ils se jetèrent dans les bras l’un de l’autre, en versant des larmes de joie.
— Où est aussi mon beau-frère, que je lui souhaite le bonjour ? demanda le jeune homme, au bout de quelque temps.
— Je ne sais pas où il est, mon frère chéri ; tous les matins, il part en voyage, de bonne heure, pour ne revenir que le soir, et il ne me dit pas où il va.
— Eh bien, je lui demanderai, ce soir, quand il rentrera, pourquoi il te laisse ainsi seule, et où il va.
— Oui, demande-le-lui, frère chéri.
Le maître du château arriva, à son heure ordinaire, et il témoigna à son beau-frère beaucoup de joie de sa visite.
— Où allez-vous ainsi, tous les matins, beau-frère, lui demanda le jeune homme, laissant ma sœur toute seule
à la maison ?
— Je vais faire le tour du monde, beau-frère chéri.
— Jésus, beau-frère, c’est vous qui devez voir de belles choses ! Je voudrais bien aller avec vous, une fois seulement.
— Eh bien ! Demain matin, tu pourras m’accompagner, si tu veux ; mais, quoi que tu puisses voir ou entendre, ne m’interroge pas, ne prononce pas une seule parole, ou il te faudra retourner aussitôt sur tes pas.
— Je ne dirai pas un mot, beau-frère.
Le lendemain matin, ils partirent donc tous les deux de compagnie, et se tenant par la main, ils allaient, ils allaient !… Le vent fait tomber le chapeau du frère de Marguerite, et il dit :
— Attendez un peu, beau-frère, que je ramasse mon chapeau, qui vient de tomber.
Mais, à peine eut-il prononcé ces mots, qu’il perdit de vue son beau-frère, et il lui fallut s’en retourner, seul, au château.
— Eh bien ! Lui demanda sa sœur, en le voyant revenir seul, as-tu appris quelque chose ?
— Non vraiment, ma pauvre sœur : nous allions si vite, que le vent a fait tomber mon chapeau. Je dis à ton mari d’attendre un peu, pour me le laisser ramasser ; mais, il continua sa route, et je le perdis de vue. Quoi qu’il en soit, demain matin, je lui demanderai de me permettre de l’accompagner encore, et je ne dirai pas un seul mot, quoi qu’il arrive.
Quand le maître du château rentra, le soir, à son heure ordinaire, le jeune homme lui demanda de nouveau :
— Me permettrez-vous de vous accompagner encore, demain matin, beau-frère ?
— Je le veux bien ; mais, ne dis pas un seul mot, ou il t’arrivera encore comme ce matin.
— Je me garderai bien de parler, soyez-en sûr.
Ils partent donc encore de compagnie, le lendemain matin. Ils vont, ils vont… Le chapeau du frère de Marguerite tombe encore, mais, cette fois, dans une rivière, au-dessus de laquelle ils passaient, et il s’oublie encore et dit :
— Descendez un peu, beau-frère, pour que je ramasse mon chapeau, qui vient de tomber dans l’eau !
Et aussitôt il est encore déposé à terre (car ils voyageaient à travers les airs), et se retrouve seul. Et il retourne au château, tout triste et tout confus.
Le lendemain matin, son beau-frère lui permit encore de l’accompagner, mais pour la dernière fois. Ils vont, ils vont, à travers les airs… le chapeau du jeune homme tombe encore ; mais, il ne dit mot, cette fois.
Ils passent au-dessus d’une plaine où la terre était toute couverte de colombes blanches, et au milieu d’elles étaient deux colombes noires. Et les colombes blanches ramassaient de tous côtés des brins d’herbe et de bois secs et les entassaient sur les deux colombes noires ; et quand celles-ci en furent couvertes, elles mirent le feu aux herbes et au bois.
Le frère de Marguerite avait bien envie de demander ce que cela signifiait. Il ne dit rien pourtant, et ils continuèrent leur route.
Plus loin, ils arrivèrent devant une grande porte, sur la cour d’un château. Le mari de Marguerite entra par cette porte, et dit à son beau-frère de l’attendre, dehors. Il lui dit encore que, s’il se lassait d’attendre et que l’envie lui vînt d’entrer aussi, il n’aurait qu’à casser une branche verte et à la passer sous la porte, et cette envie lui passerait aussitôt.
Pendant que le jeune homme attendait à la porte, il vit une troupe d’oiseaux s’abattre sur un buisson de laurier, qui était près de là ; et les oiseaux y restèrent quelque temps, chantant et gazouillant. Puis, ils s’envolèrent, emportant dans leur bec chacun une feuille de laurier, mais qu’ils laissèrent tomber, à une faible distance.
Un instant après, une autre troupe d’oiseaux s’abattit sur le même buisson de laurier, et ils chantèrent et gazouillèrent un peu plus que les premiers, et plus longtemps, et, en s’en allant, ils emportèrent aussi dans leur bec chacun une feuille de laurier, qu’ils laissèrent aussi tomber, mais un peu plus loin que les précédents.
Enfin, une troisième troupe d’oiseaux s’abattit sur le buisson, un instant après, et ils gazouillèrent et chantèrent mieux et plus longtemps que les autres, et, en s’en allant, ils emportèrent aussi dans leur bec chacun une feuille de laurier ; mais, il ne les laissèrent pas tomber à terre.
Le frère de Marguerite, étonné de ce qu’il voyait, se disait en lui-même : « Que peut signifier tout ceci ? » Comme son beau-frère ne revenait pas, il se lassa de l’attendre, et, ayant cassé une branche de chêne toute couverte de feuillage vert, il la fourra sous la porte, comme on le lui avait dit. Aussitôt la branche fut consumée jusqu’à sa main. « Holà ! s’écria-t-il, en voyant cela, il paraît qu’il fait chaud là dedans ! » Et il ne désirait plus entrer.
Son beau-frère sortit enfin, quand son heure fut venue, et ils s’en retournèrent de compagnie. Chemin faisant, le frère de Marguerite demanda à l’autre :
— Dites-moi, beau-frère, je vous prie, ce que signifie ce que j’ai vu, pendant que je vous attendais, à la porte du château : j’ai vu d’abord une troupe d’oiseaux s’abattre sur un buisson de laurier, et, après y avoir chanté et gazouillé quelque temps, ils se sont envolés, en emportant dans leur bec chacun une feuille de laurier, qu’ils ont laissée tomber à terre, à une faible distance.
— Ces oiseaux représentent les gens qui vont à la messe, mais, qui y sont distraits, prient peu et laissent tomber à terre leur feuille de laurier, c’est-à-dire la parole divine, là où ils oublient leur Dieu.
— Et la seconde troupe d’oiseaux qui se sont ensuite abattus sur le laurier, qui ont gazouillé et chanté un peu plus longtemps, et ont aussi laissé tomber à terre leurs feuilles de laurier, mais un peu plus loin ?
— Ceux-là représentent les gens qui vont à la messe et y sont plus attentifs et prient plus longtemps que les premiers, mais, qui, néanmoins, laissent aussi tomber à terre leur branche de laurier, c’est-à-dire oublient la parole de Dieu.
— Et la troisième troupe d’oiseaux, qui ont gazouillé et chanté beaucoup plus longtemps et mieux que les autres, et ont aussi emporté chacun sa feuille de laurier, mais, qu’ils n’ont pas laissée tomber à terre ?
— Ceux-là représentent les gens qui ont bien prié, du fond du cœur, et n’ont pas oublié la parole de Dieu, avant d’être arrivés chez eux.
— Et les colombes blanches que j’ai vues, dans une plaine, amassant des herbes et du bois secs pour brûler deux colombes noires qui étaient au milieu d’elles ?
— Ces deux colombes noires étaient ton père et ta mère, que l’on passait par le feu, pour les purifier de leurs péchés. Ils sont, à présent, au paradis.
En ce moment, ils arrivèrent au château.
Peu après, le frère de Marguerite dit à son beau-frère :
— Je veux m’en retourner, à présent, à la maison.
— T’en retourner à la maison ! Et pourquoi, mon pauvre ami ?
— Pour voir mes parents, et vivre avec eux.
— Mais, songe donc qu’il y a cinq cents ans que tu les as quittés !
Tous tes parents sont morts, il y a bien longtemps, et là où était autrefois leur maison, il y a, à présent, un grand chêne tout pourri de vieillesse !…

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MessageSujet: Re: Légendes Bretonnes   Jeu 2 Déc - 16:39

Le Château De Cristal

Il y avait une fois deux pauvres gens, mari et femme, qui avaient sept enfants, six garçons et une fille. Le plus jeune des garçons, Yvon, et la fille Yvonne, étaient un peu pauvres d’esprit, ou du moins le paraissaient, et leurs frères leur faisaient toutes sortes de misères. La pauvre Yvonne en était toute triste, et ne riait presque jamais. Tous les matins, ses frères l’envoyaient garder les vaches et les moutons, sur une grande lande, avec un morceau de pain d’orge ou une galette de blé noir pour toute pitance, et elle ne revenait que le soir, au coucher du soleil. Un matin que, selon son habitude, elle conduisait ses vaches et ses moutons au pâturage, elle rencontra en son chemin un jeune homme si beau et si brillant qu’elle crut voir le soleil en personne. Et le jeune homme s’avança vers elle et lui demanda :
— Voudriez-vous vous marier avec moi, jeune fille ?
Voilà Yvonne bien étonnée et bien embarrassée de savoir que répondre.
— Je ne sais pas, dit-elle, en baissant les yeux ; on me fait assez mauvaise vie, à la maison.
— Eh bien ! Réfléchissez-y, et demain matin, à la même heure, je me retrouverai ici, quand vous passerez, pour avoir votre réponse.
Et le beau jeune homme disparut, alors. Toute la journée, la jeune fille ne fit que rêver de lui. Au coucher du soleil, elle revint à la maison, chassant devant elle son troupeau et chantant gaîment. Tout le monde en fut étonné, et l’on se demandait :
— Qu’est-il donc arrivé à Yvonne, pour chanter de la sorte ?
Quand elle eut rentré ses vaches et ses moutons à l’étable, elle se rendit auprès de sa mère, et lui conta son aventure et demanda ce qu’elle devait répondre, le lendemain.
— Pauvre sotte ! Lui dit sa mère, quel conte me faites-vous là ? Et puis, pourquoi songer à vous marier, pour être malheureuse ?
— Je ne le serai jamais plus qu’à présent, ma mère. Sa mère haussa les épaules, et lui tourna le dos.
Le lendemain matin, aussitôt le soleil levé, Yvonne se rendit, comme à l’ordinaire, à la grand’lande, avec ses vaches et ses moutons. Elle rencontra, au même endroit que la veille, le beau jeune homme, qui lui demanda encore :
— Eh bien ! Mon enfant, voulez-vous être ma femme ?
— Je le veux bien, répondit-elle, en rougissant.
— Alors, je vais vous accompagner jusque chez vos parents, pour demander leur consentement.
Et il alla avec elle chez ses parents. Le père et la mère et les frères aussi furent étonnés de voir un si beau prince, et si richement paré, vouloir épouser la pauvre bergère, et personne ne songea à dire non.
— Mais, qui êtes-vous aussi ? demanda pourtant la mère.
— Vous le saurez, le jour du mariage, répondit le prince.
On fixa un jour pour la cérémonie et le prince partit, alors, laissant tout le monde dans le plus grand étonnement, et l’on s’occupa des préparatifs de la noce.
Au jour convenu, le prince vint, avec un garçon d’honneur presque aussi beau que lui. Ils étaient montés sur un beau char doré, attelé de quatre magnifiques chevaux blancs ; et ils étaient si parés et si brillants, eux et leur char et leurs chevaux, qu’ils éclairaient tout, sur leur passage, comme le soleil.
Les noces furent célébrées avec beaucoup de pompe et de solennité, et, en se levant de table, le prince dit à la nouvelle mariée de monter sur son char, pour qu’il la conduisît à son palais. Yvonne demanda un peu de répit, afin d’emporter quelques vêtements.
— C’est inutile, lui dit le prince, vous en trouverez à discrétion, dans mon palais.
Et elle monta sur le char, à côté de son mari. Au moment de partir, ses frères demandèrent :
— Quand nous voudrons faire visite à notre soeur, où pourrons-nous la voir ?
— Au Château de Cristal, de l’autre côté de la Mer Noire, répondit le prince. Et il partit aussitôt.
Environ un an après, comme les six frères n’avaient aucune nouvelle de leur sœur, et qu’ils étaient curieux de savoir comment elle se trouvait avec son mari, ils résolurent d’aller à sa recherche. Les cinq aînés montèrent donc sur de beaux chevaux et se mirent en route. Leur jeune frère Yvon voulut aussi les accompagner, mais ils le forcèrent à rester à la maison.
Ils marchaient, ils marchaient, toujours du côté du soleil levant, et demandant partout des nouvelles du Château de Cristal. Mais, personne ne savait où se trouvait le Château de Cristal. Enfin, après avoir parcouru beaucoup de pays, ils arrivèrent un jour sur la lisière d’une grande forêt, qui avait au moins cinquante lieues de circonférence. Ils demandèrent à un vieux bûcheron qu’ils rencontrèrent s’il ne pouvait pas leur indiquer la route pour aller au Château de Cristal. Le bûcheron leur répondit : — Il y a dans la forêt une grande allée que l’on appelle l’allée du Château de Cristal, et peut-être conduit-elle au château dont vous parlez, car je n’y suis jamais allé.
Les cinq frères entrèrent dans la forêt. Ils n’étaient pas allés loin, qu’ils entendirent un grand bruit, au-dessus de leurs têtes, comme d’un orage passant sur les cimes des arbres, avec du tonnerre et des éclairs. Ils en furent effrayés, et leurs chevaux aussi, au point qu’ils eurent beaucoup de peine à les maintenir. Mais, le bruit et les éclairs cessèrent bientôt, et ils continuèrent leur route. La nuit approchait, et ils étaient inquiets, car la forêt abondait en bêtes fauves de toute sorte. Un
d’eux monta sur un arbre, pour voir s’il n’apercevrait pas le Château de Cristal, ou quelque autre habitation.
— Que vois-tu ? Lui demandèrent ses frères, d’en bas.
— Je ne vois que du bois, du bois…. de tous les côtés, au loin, au loin !…
Il descendit de l’arbre, et ils se remirent en marche. Mais, la nuit survint, et ils ne voyaient plus pour se diriger dans la forêt. Un d’eux monta encore sur un arbre.
— Que vois-tu ? Lui demandèrent ses frères.
— Je vois un grand feu, là-bas !
— Jette ton chapeau dans la direction du feu, et descends.
Et ils se remirent en route, dans la direction où était le feu, persuadés qu’il devait y avoir là quelque habitation humaine. Mais, bientôt ils entendirent encore un grand bruit, au-dessus de leurs têtes, beaucoup plus grand que la première fois. Les arbres s’entrechoquaient et craquaient, et des branches cassées et des éclats de bois tombaient à terre, de tous côtés. Et du tonnerre ! Et des éclairs !… c’était effrayant !… Puis, tout d’un coup, le silence se rétablit, et la nuit redevint calme et sereine.
Ils reprirent leur marche, et arrivèrent au feu qu’ils cherchaient. Une vieille femme, aux dents longues et branlantes, et toute barbue, l’entretenait, en y jetant force bois. Ils s’avancèrent jusqu’à elle, et l’aîné d’entre eux lui parla de la sorte :
— Bonsoir, grand’mère ? Pourriez-vous nous enseigner le chemin pour aller au Château de Cristal ?
— Oui vraiment, mes enfants, je sais où est le Château de Cristal, répondit la vieille ; mais, attendez ici jusqu’à ce que mon fils aîné soit rentré, et celui-là vous donnera des nouvelles toutes fraîches du Château de Cristal, car il y va tous les jours. Il est en voyage, pour le moment, mais, il ne tardera pas à rentrer. Peut-être même l’avez-vous vu, dans la forêt ?
— Nous n’avons vu personne, dans la forêt, grand’mère.
— Vous avez dû l’entendre, alors, car on l’entend ordinairement où il passe, celui-là….Tenez ! Le voilà qui arrive : l’entendez-vous ?
Et ils entendirent, en effet, un vacarme pareil à celui qu’ils avaient entendu deux fois, dans la forêt, mais plus effrayant encore.
— Cachez-vous, vite, là, sous les branches d’arbres, leur dit la vieille, car mon fils, quand il rentre, a toujours grand’faim, et je crains qu’il ne veuille vous manger.
Les cinq frères se cachèrent de leur mieux, et un géant descendit du ciel, et, dès qu’il eut touché la terre, il se mit à flairer l’air et dit :
— Il y a ici odeur de chrétien, mère, et il faut que j’en mange, car j’ai grand’faim !
La vieille prit un gros bâton, et, le montrant au géant : — « Vous voulez toujours tout manger, vous ! Mais, gare à mon bâton, si vous faites le moindre mal à mes neveux, les fils de ma sœur, des enfants si gentils et si sages, qui sont venus me voir. »
Le géant trembla de peur, à la menace de la vieille, et promit de ne pas faire de mal à ses cousins.
Alors, la vieille dit aux cinq frères qu’ils pouvaient se montrer, et les présenta à son fils, qui dit :
— Ils sont bien gentils, c’est vrai, mes cousins, mais, comme ils sont petits, mère !
Enfin, en leur qualité de cousins, il voulut bien ne pas les manger.
— Non seulement vous ne leur ferez pas de mal, mais, il faut encore que vous leur rendiez service, lui dit sa mère.
— Quel service faut-il donc que je leur rende ?
— Il faut que vous les conduisiez au Château de Cristal, où ils veulent aller voir leur sœur.
— Je ne puis pas les conduire jusqu’au Château de Cristal, mais, je les conduirai volontiers un bon bout de chemin, et les mettrai sur la bonne voie.
— Merci, cousin, nous n’en demandons pas davantage, dirent les cinq frères.
— Eh bien ! Couchez-vous là, près du feu, et dormez, car il faut que nous partions demain matin, de bonne heure. Je vous éveillerai, quand le moment sera venu.
Les cinq frères se couchèrent dans leurs manteaux, autour du feu, et feignirent de dormir ; mais, ils ne dormaient pas, car ils n’osaient pas trop se fier à la promesse de leur cousin le géant. Celui-ci se mit, alors, à souper, et il avalait un mouton à chaque bouchée.
Vers minuit, il éveilla les cinq frères et leur dit :
— Allons ! Debout, cousins ; il est temps de partir !
Il étendit un grand drap noir sur la terre, près du feu, et dit aux cinq frères de se mettre dessus, montés sur leurs chevaux. Ce qu’ils firent. Alors, le géant entra dans le feu, et sa mère y jeta force bois, pour l’alimenter. A mesure que le feu augmentait, les frères entendaient s’élever graduellement un bruit pareil à celui qu’ils avaient entendu dans la forêt, en venant, et, peu à peu, le drap sur lequel ils étaient se soulevait de terre, avec eux et leurs chevaux. Quand les habits du géant furent consumés, il s’éleva dans l’air, sous la forme d’une énorme boule de feu. Le drap noir s’éleva aussi à sa suite, emportant les cinq frères et leurs chevaux, et les voilà de voyager ensemble, à travers Pair. Au bout de quelque temps, le drap noir, avec les cinq, frères et leurs chevaux, fut déposé sur une grande plaine. Une moitié de cette plaine était aride et brûlée, et l’autre moitié était fertile et couverte d’herbe haute et grasse. Dans la partie aride et brûlée de la plaine, il y avait un troupeau de chevaux, gras, luisants et pleins
d’ardeur ; au contraire, dans la partie où l’herbe était abondante et grasse, on voyait un autre troupeau de chevaux maigres, décharnés et se soutenant à peine sur leurs jambes. Et ils se battaient et cherchaient à se manger réciproquement.
Le géant, ou la boule de feu, avait poursuivi sa route, après avoir déposé les frères sur cette plaine, et il leur avait
dit :
— Vous êtes là sur la bonne voie pour aller au Château de Cristal ; tâchez de vous en tirer, à présent, de votre mieux, car je ne puis vous conduire plus loin.
Leurs chevaux étaient morts en touchant la terre, de sorte qu’ils se trouvaient, à présent, à pied. Ils essayèrent d’abord de prendre chacun un des beaux chevaux qu’ils voyaient dans la partie aride de la plaine ; mais, ils ne purent jamais en venir à bout. Ils se rabattirent, alors, sur les chevaux maigres et décharnés, en prirent chacun un, et montèrent dessus. Mais, les chevaux les emportèrent parmi les ajoncs et les broussailles qui couvraient une partie de la plaine, et les jetèrent à terre, tout meurtris et sanglants. Les voilà bien embarrassés ! Que faire ?
— Retournons à la maison, nous n’arriverons jamais à ce château maudit, dit un d’eux.
— C’est, en effet, ce que nous avons de mieux à faire, répondirent les autres.
Et ils retournèrent sur leurs pas ; mais, ils évitèrent de repasser par l’endroit où ils avaient rencontré la vieille femme qui entretenait le feu, et le géant son fils.
Ils arrivèrent enfin à la maison, après beaucoup de mal et de fatigue, et racontèrent tout ce qui leur était arrivé, dans leur voyage. Leur jeune frère Yvon était, selon son ordinaire, assis sur un galet rond, au coin du foyer, et, quand il entendit le récit de leurs aventures et tout le mal qu’ils avaient eu, sans pourtant réussir à voir leur sœur, il dit :
— Moi, je veux aussi tenter l’aventure, à mon tour, et, je ne reviendrai pas à la maison sans avoir vu ma sœur Yvonne.
— Toi, imbécile ! Lui dirent ses frères, en haussant les épaules.
— Oui, moi, et je verrai ma sœur Yvonne, vous dis-je, en quelque lieu qu’elle soit.
On lui donna un vieux cheval fourbu, une vraie rosse, et il partit, seul.
Il suivit la même route que ses frères, se dirigeant toujours du côté du soleil levant, arriva aussi à la forêt et, à l’entrée de l’avenue du Château de Cristal, il rencontra une vieille femme qui lui demanda :
— Où allez-vous ainsi, mon enfant ?
— Au Château de Cristal, grand’mère, pour voir ma sœur.
— Eh bien ! Mon enfant, n’allez pas par ce chemin-là, mais par celui-ci, jusqu’à ce que vous arriviez à une grande plaine ; alors, vous suivrez la lisière de cette plaine, jusqu’à ce que vous voyiez une route dont la terre est noire. Prenez cette route-là, et, quoi qu’il arrive, quoi que vous puissiez voir ou entendre, quand bien même le chemin serait plein de feu, ne vous effrayez de rien, marchez toujours droit devant vous, et vous arriverez au Château de Cristal, et vous verrez votre sœur.
— Merci, grand’mère, répondit Yvon, et il s’engagea dans le chemin que lui montra la vieille.
Il arriva, sans tarder, à la plaine dont elle lui avait parlé, et la côtoya tout du long, jusqu’à ce qu’il vît la route à la terre noire. Il voulut la prendre, suivant le conseil de la vieille, mais, elle était remplie, à l’entrée, de serpents entrelacés, de sorte qu’il eut peur et hésita un moment. Son cheval lui-même reculait d’horreur, quand il voulait le pousser dans ce chemin. Comment faire ? Se dit-il ; on m’a pourtant dit qu’il fallait passer par là !
Il enfonça ses éperons dans les flancs de son cheval, et il entra dans la route aux serpents et à la terre noire. Mais, aussitôt, les serpents s’enroulèrent autour des jambes de l’animal, le mordirent, et il tomba mort sur la place. Voilà le pauvre Yvon à pied, au milieu de ces hideux reptiles, qui sifflaient et se dressaient menaçants autour de lui. Mais, il ne perdit pas courage pour cela ; il continua de marcher, et arriva enfin à l’autre extrémité de la route, sans avoir éprouvé aucun mal. Il en fut quitte pour la peur.
Il se trouva, alors, au bord d’un grand étang, et il ne voyait aucune barque pour passer de l’autre côté, et il ne savait pas nager, de sorte qu’il était encore fort embarrassé. — « Comment faire ? Se disait-il ; je ne veux pourtant pas retourner sur mes pas ; j’essayerai de passer, arrive que pourra. »
Et il entra résolument dans l’eau. Il en eut d’abord jusqu’aux genoux, puis jusqu’aux aisselles, puis jusqu’au menton, et enfin par-dessus la tête. Il continua d’avancer, malgré tout, et finit par arriver, sans mal, de l’autre côté de l’étang.
En sortant de l’eau, il se trouve à l’entrée d’un chemin profond, étroit et sombre et rempli d’épines et de ronces qui allaient d’un bord à l’autre de la route, et avaient racine en terre des deux bouts. — « Je ne pourrai jamais passer par là, se disait-il. » Il ne désespéra pourtant pas. Il se glissa, à quatre pattes, par-dessous les ronces, rampa comme une couleuvre et finit par passer. Dans quel état, hélas ! Son corps était tout déchiré et tout sanglant, et il n’avait plus le moindre lambeau de vêtement sur lui. Mais, il avait passé, malgré tout.
Un peu plus loin, il vit venir à lui, au grand galop, un cheval maigre et décharné. Le cheval, arrivé près de lui, s’arrêta comme pour l’inviter à monter sur son dos. Il reconnut alors que c’était son propre cheval, qu’il avait cru mort. Il lui témoigna beaucoup de joie de le retrouver en vie, et monta sur son dos en lui disant : — « Mille bénédictions sur toi, mon pauvre animal, car je suis rendu de fatigue. Je n’en puis plus. »
Ils continuèrent leur route, et arrivèrent alors à un endroit où il y avait un grand rocher, placé sur deux autres grands rochers. Le cheval frappa du pied le rocher de dessus, qui bascula aussitôt et laissa voir l’entrée d’un souterrain, et il entendit une voix qui en sortit, et dit : — « Descends de ton cheval, et entre. »
Il obéit à la voix, descendit de cheval et entra dans le souterrain. Il fut d’abord suffoqué par une odeur insupportable, une odeur de reptiles venimeux de toute sorte. Le souterrain était, de plus, fort obscur, et il ne pouvait avancer qu’à tâtons. Au bout de quelques moments, il entendit derrière lui un vacarme épouvantable, comme si une légion de démons s’avançait sur lui. Il faudra, sans doute, mourir ici, pensa-t-il. Il continua, pourtant, d’avancer de son mieux. Il vit enfin poindre devant lui une petite lumière, et cela lui donna du courage. Le vacarme allait toujours croissant, derrière lui, et approchant. Mais, la lumière aussi grandissait, à mesure qu’il s’avançait vers elle. Enfin, il sortit sain et sauf du souterrain…
Il se trouva alors dans un carrefour, et il fut encore embarrassé. Quel chemin prendre ? Il suivit celui qui faisait face au souterrain, et continua d’aller tout droit devant lui. Il y avait beaucoup de barrières sur ce chemin, hautes et difficiles à franchir. Ne pouvant les ouvrir, il grimpait sur les poteaux, et passait par-dessus. La route allait, à présent, en descendant, et, à l’extrémité, tout lui paraissait être de cristal. Il voyait un château de cristal, un ciel de cristal, un soleil de cristal, enfin tout ce qu’il voyait était de cristal. — « C’est dans un château de cristal qu’on m’a dit que ma sœur demeure, et j’approche, sans doute, du terme de mon voyage et de mes peines, car voilà bien un château de cristal, » — se dit-il avec joie.
Le voilà près du château. Il était si beau, si resplendissant de lumière, que ses yeux en étaient éblouis. Il entra dans la cour. Comme tout était beau et brillant, par-là ! Il voit un grand nombre de portes sur le château ; mais, elles sont toutes fermées. Il parvient à se glisser dans une cave, par un soupirail, puis, de là, il monte et se trouve dans une grande salle, magnifique et resplendissante de lumière. Six portes donnent sur cette salle, et elles s’ouvrent d’elles-mêmes, dès qu’il les touche. De cette première salle, il passe dans une seconde, plus belle encore. Trois autres portes sont à la suite les unes des autres, donnant sur trois autres salles, toutes plus belles les unes que les autres. Dans la dernière salle, il voit sa sœur endormie sur un beau lit. Il reste quelque temps à la regarder, immobile d*admiration, tant il la trouve belle. Mais, elle ne s’éveillait pas, et le soir vint. Alors, il entend comme le bruit des pas de quelqu’un qui vient et fait résonner des grelots, à chaque pas. Puis, il voit entrer un beau jeune homme, qui va droit au lit sur lequel était couchée Yvonne, et lui donne trois soufflets retentissants. Pourtant, elle ne s’éveille ni ne bouge. Alors, le beau jeune homme se couche aussi sur le lit, à côté d’elle. Voilà Yvon bien embarrassé, ne sachant s’il doit s’en aller ou rester. Il se décide à rester, car il lui paraît que cet homme traite sa sœur d’une singulière façon. Le jeune mari s’endort aussi à côté de sa femme. Ce qui étonne encore Yvon, c’est qu’il n’entend pas le moindre bruit dans le château, et qu’il paraît qu’on n’y mange pas. Lui-même, qui était arrivé avec un grand appétit, n’en a plus du tout, à présent. La nuit se passe dans le plus profond silence. Au point du jour, le mari d’Yvonne s’éveille et donne encore à sa femme trois soufflets retentissants. Mais, elle ne paraît pas s’en apercevoir, et ne s’éveille toujours pas. Puis il part aussitôt.
Tout cela étonnait fort Yvon, toujours silencieux, dans son coin. Il craignait que sa sœur ne fût morte. Il se décida enfin, pour s’en assurer, à lui donner un baiser. Elle s’éveilla alors, ouvrit les yeux et s’écria, en voyant son frère près d’elle :
— Oh ! Que j’ai de joie de te revoir, mon frère chéri !
Et ils s’embrassèrent tendrement. Alors Yvon demanda à Yvonne :
— Et ton mari, où est-il, sœur chérie ?
— Il est parti en voyage, frère chéri.
— Est-ce qu’il y a longtemps qu’il n’a pas été à la maison ?
— Non, vraiment, il n’y a pas longtemps, frère chéri ; il vient de partir, il n’y a qu’un moment.
— Comment, est-ce que tu ne serais pas heureuse avec lui, ma pauvre sœur ?
— Je suis très heureuse avec lui, frère chéri.
— Je l’ai pourtant vu te donner trois bons soufflets, hier soir, en arrivant, et trois autres, ce matin, avant de partir.
— Que dis-tu là, frère chéri ? Des soufflets !… C’est des baisers qu’il me donne, le soir et le matin.
— De singuliers baisers, ma foi ! Mais, puisque tu ne t’en plains pas, après tout… Comment, mais on ne mange donc jamais ici ?
— Depuis que je suis ici, mon frère chéri, je n’ai jamais éprouvé ni faim, ni soif, ni froid, ni chaud, ni aucun besoin, ni aucune contrariété. Est-ce que tu as faim, toi ?
— Non, vraiment, et c*est ce qui m’étonne. Est-ce qu’il n’y a que toi et ton mari dans ce beau château ?
— Oh ! Si. Nous sommes nombreux ici, mon frère chéri. Quand je suis arrivée, j’ai vu tous ceux qui y sont ; mais, depuis, je ne les ai jamais revus, parce que je leur avais parlé, quoiqu’on me l’eût défendu.
Ils passèrent la journée ensemble, à se promener par le château et à causer de leurs parents, de leur pays et d’autres choses. Le soir, le mari d’Yvonne arriva, à son heure ordinaire. Il reconnut son beau-frère, et témoigna de la joie de le revoir.
— Vous êtes donc venu nous voir, beau-frère ? Lui dit-il.
— Oui, beau-frère, et ce n’est pas sans beaucoup de mal.
— Je le crois, car tout le monde ne peut pas venir jusqu’ici ; mais, vous retournerez à la maison plus facilement : je vous ferai passer les mauvais chemins.
Yvon resta quelques’ jours avec sa sœur. Son beau-frère partait, tous les matins, sans dire où il allait, et était absent durant tout le jour. Yvon, intrigué par cette conduite, demanda, un jour, à sa sœur :
— Où donc va ton mari ainsi, tous les matins ? Quel métier a-t-il aussi ?
— Je ne sais pas, mon frère chéri ; il ne m’en a jamais rien dit. Il est vrai que je ne le lui ai pas demandé aussi.
— Eh bien ! Moi, j’ai envie de lui demander de me permettre de l’accompagner, car je suis curieux de savoir où il va ainsi, tous les jours.
— Oui, demande-le-lui, mon frère chéri.
Le lendemain matin, au moment où le mari d’Yvonne s’apprêtait à partir, Yvon lui dit :
— Beau-frère, j’ai envie de vous accompagner, aujourd’hui, dans votre tournée, pour voir du pays, et prendre l’air ?
— Je le veux bien, beau-frère ; mais, à la condition que vous ferez tout comme je vous dirai.
— Je vous promets, beau-frère, de vous obéir en toute chose.
— Écoutez-moi bien, alors : il faudra, d’abord, ne toucher à rien et ne parler qu’à moi seul, quoi que vous voyiez ou entendiez.
— Je vous promets de ne toucher à rien et de ne parler qu’à vous seul.
— C’est bien ; partons, alors.
Et ils partirent de compagnie du Château de Cristal. Ils suivirent d’abord un sentier étroit, où ils ne pouvaient marcher tous les deux de front. Le mari d’Yvonne marchait devant, et Yvon le suivait de près. Ils arrivèrent ainsi à une grande plaine sablonneuse, aride et brûlée. Et, pourtant, il y avait là des bœufs et des vaches gras et luisants, qui ruminaient tranquillement couchés sur le sable et qui paraissaient heureux. Cela étonna fort Yvon ; mais, il ne dit mot, pourtant.
Plus loin, ils arrivèrent à une autre plaine où l’herbe était abondante, haute et grasse, et, pourtant, il y avait là des vaches et des bœufs maigres et décharnés, et ils se battaient et beuglaient à faire pitié. Yvon trouva tout cela bien étrange encore, et il demanda à son beau-frère :
— Que signifie donc ceci, beau-frère ? Jamais je n’ai vu pareille chose : des vaches et des bœufs de bonne mine et luisants de graisse, là où il n’y a que du sable et des pierres, tandis que, dans cette belle prairie, où ils sont dans l’herbe jusqu’au ventre, vaches et bœufs sont d’une maigreur à faire pitié, et paraissent près de mourir de faim.
— Voici ce que cela signifie, beau-frère. Les vaches et les bœufs gras et luisants, dans la plaine aride et sablonneuse, ce sont les pauvres qui, contents de leur sort et de la condition que Dieu leur a faite, ne convoitent pas le bien d’autrui ; et les vaches et les bœufs maigres, dans la prairie où ils ont de l’herbe jusqu’au ventre, et qui se battent continuellement et paraissent près de mourir de faim, ce sont les riches, qui ne sont jamais satisfaits de ce qu’ils ont et cherchent toujours à amasser du bien, aux dépens des autres, se querellant et se battant constamment.
Plus loin, ils virent, au bord d’une rivière, deux arbres qui s’entrechoquaient et se battaient avec tant d’acharnement qu’il en jaillissait au loin des fragments d’écorce et des éclats de bois. Yvon avait un bâton à la main, et, quand il fut près des deux arbres, il interposa son bâton entre les deux combattants, en leur disant :
— Qu’avez-vous donc à vous maltraiter de la sorte ? Cessez de vous faire du mal, et vivez en paix.
A peine eut-il prononcé ces paroles, qu’il fut étonné de voir les deux arbres se changer en deux hommes, mari et femme, qui lui parlèrent ainsi :
— Notre bénédiction sur vous ! Voici trois cents ans passés que nous nous battions ainsi, avec acharnement, et personne n’avait pitié de nous, ni ne daignait nous adresser la parole. Nous sommes deux époux qui nous disputions et nous battions constamment, quand nous étions sur la terre, et, pour notre punition, Dieu nous avait condamnés à continuer de nous battre encore ici, jusqu’à ce que quelque âme charitable eût pitié de nous, et nous adressât une bonne parole. Vous avez mis fin à notre supplice, en agissant et en parlant comme vous l’avez fait, et nous allons, à présent, au paradis, où nous espérons vous revoir, un jour.
Et les deux époux disparurent aussitôt.
Alors Yvon entendit un vacarme épouvantable, des cris, des imprécations, des hurlements, des grincements de dents, des bruits de chaînes… C’était à glacer le sang dans les veines.
— Que signifie ceci ? demanda-t-il à son beau-frère.
— Ici, nous sommes à l’entrée de l’enfer ; mais, nous ne pouvons pas aller plus loin ensemble, car vous m’avez désobéi. Je vous avais bien recommandé de ne toucher et de n’adresser la parole à nul autre que moi, durant notre voyage, et vous avez parlé et touché aux deux arbres qui se battaient, au bord de la rivière. Retournez auprès de votre sœur, et moi, je vais continuer ma route. Je rentrerai à mon heure ordinaire, et alors, je vous mettrai sur le bon chemin pour retourner chez vous. »
Et Yvon s’en retourna au Château de Cristal, seul et tout confus, pendant que son beau-frère continuait sa route.
Quand sa sœur le vit revenir :
— Te voilà déjà de retour, mon frère chéri ? Lui dit-elle.
— Oui, ma sœur chérie, répondit-il, tout triste.
— Et tu reviens seul ?
— Oui, je reviens seul.
— Tu auras, sans doute, désobéi en quelque chose à mon mari ?
— Oui, j’ai parlé et touché à deux arbres qui se battaient avec acharnement, au bord d’une rivière, et alors ton mari m’a dit qu’il fallait m’en retourner au château.
— Et, comme cela, tu ne sais pas où il va ?
— Non, je ne sais pas où il va.
Vers le soir, le mari d’Yvonne rentra, à son heure habituelle, et dit à Yvon :
— Vous m’avez désobéi, beau-frère ; vous avez parlé et touché, malgré ma recommandation et malgré votre promesse de n’en rien faire, et, à présent, il vous faut retourner encore un peu dans votre pays, pour voir vos parents ; vous reviendrez ici, sans tarder, et ce sera alors pour toujours.
Yvon fit ses adieux à sa sœur. Son beau-frère le mit alors sur le bon chemin pour s’en retourner dans son pays, et lui dit :
— Allez, à présent, sans crainte, et au revoir, car vous reviendrez, sans tarder.
Yvon chemine par la route où l’a mis son beau-frère, un peu triste de s’en retourner ainsi, et rien ne vient le contrarier, durant son voyage. Ce qui l’étonné le plus, c’est qu’il n’a ni faim, ni soif, ni envie de dormir. A force de marcher, sans jamais s’arrêter, ni de jour ni de nuit, — car il ne se fatiguait pas non plus, — il arrive enfin dans son pays. Il se rend à l’endroit où il s’attend à retrouver la maison de son père, et est bien étonné d’y trouver une prairie avec des hêtres et des chênes fort vieux.
— C’est pourtant ici, ou je me trompe fort, se disait-il.
Il entre dans une maison, non loin de là, et demande où demeure Iouenn Dagorn, son père.
— Iouenn Dagorn ?… Il n’y a personne de ce nom par ici, lui répond-on.
Cependant un vieillard, qui était assis au foyer, dit :
— J’ai entendu mon grand-père parler d’un Iouenn Dagorn ; mais, il y a bien longtemps qu’il est mort, et ses enfants et les enfants de ses enfants sont également tous morts, et il n’y a plus de Dagorn dans le pays.
Le pauvre Yvon fut on ne peut plus étonné de tout ce qu’il entendait, et, comme il ne connaissait plus personne|dans le pays et que personne ne le connaissait, il se dit qu’il n’avait plus rien à y faire, et que le mieux était de suivre ses parents où ils étaient allés. Il se rendit donc au cimetière et vit là leurs tombes, dont quelques-unes dataient déjà de trois cents ans.
Alors, il entra dans l’église, y pria du fond de son coeur, puis mourut sur la place, et alla, sans doute, rejoindre sa sœur, au Château de Cristal

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MessageSujet: Re: Légendes Bretonnes   Jeu 2 Déc - 16:41

La Princesse De Tronkolaine

Il y avait, une fois, un vieux charbonnier qui avait fait faire vingt-cinq baptêmes. Il ne trouvait plus de parrain pour le vingt-sixième enfant qui venait de lui naître. Il trouvait bien une marraine. Comme il allait à la recherche d’un parrain, il rencontra un beau carrosse, dans lequel il y avait un roi. Il s’agenouilla sur la route, son chapeau à la main. Le roi, en le voyant, descendit de son carrosse et lui donna une pièce de deux écus.
— Sauf votre grâce, sire, lui dit le charbonnier, ce n’est pas l’aumône que je cherche, mais bien un parrain pour mon dernier enfant, qui vient de naître, et je n’en trouve point.
— Pourquoi donc cela ? demanda le roi.
— C’est que, sire, j’ai déjà fait faire vingt-cinq baptêmes, et tous mes voisins ont été compères chez moi. Je trouve bien une marraine.
— Eh bien ! reprit le roi, retournez chez vous ; venez à l’église avec l’enfant et la marraine, et je serai le parrain, moi.
Et le vieux charbonnier s’en retourna à sa hutte, tout joyeux. On avertit la marraine, et ils se rendirent à l’église avec l’enfant. Le roi y était déjà à les attendre.
Quand le baptême fut terminé, le parrain donna mille écus au père pour élever son filleul et l’envoyer à l’école. Il lui donna encore une moitié de platine pour remettre à l’enfant, qui la lui rapporterait quand il aurait atteint l’âge de dix-huit ans. Puis il partit.
L’enfant avait été nommé Charles.
A l’âge de sept ou huit ans, on envoya Charles à l’école, et il apprenait tout ce qu’il voulait. Parvenu à l’âge de dix-huit ans, son père lui remit la moitié de platine et lui dit d’aller voir son parrain, le roi de France, à sa cour, à Paris. Le jeune homme partit, monté sur un beau cheval, et ayant dans sa poche sa moitié de platine. Il avait vraiment bonne mine. Il rencontra, dans un chemin creux et étroit, une petite vieille femme, qui lui dit qu’un peu plus loin il verrait, auprès d’une fontaine, un individu qui l’inviterait à boire ; — « mais, poursuivez votre route, mon fils, et ne buvez pas, quelque insistance qu’il y mette. »
— C’est bien, grand’mère, je ne boirai pas de l’eau de la fontaine, dit Charles.
Quand il arriva à la fontaine, il vit l’individu assis à l’ombre, comme un voyageur qui se repose un instant, et il lui dit :
— Jeune homme, venez boire un peu d’eau.
— Merci ! Je n’ai pas soif, répondit-il.
— Venez boire une goutte seulement, vous n’avez jamais bu d’aussi bonne eau.
Il insista tant, qu’il s’approcha pour goûter l’eau de la fontaine. Mais, s’étant mis à genoux, pour boire à môme le bassin, l’inconnu lui prit sa moitié de platine dans sa poche, sauta sur son cheval et partit au galop. Charles courut après lui ; mais, hélas ! il ne put l’atteindre, et bientôt il perdit de vue l’homme et le cheval.
— Hélas ! se dit-il, je n’ai pas obéi au conseil de la vieille femme. Que faire, maintenant ? N’importe ! j’irai à pied ; tôt ou tard, j’arriverai aussi à Paris, et alors nous verrons.
Et il se remit en route.
Quand l’homme de la fontaine, le voleur, arriva à Paris, il demanda aussitôt à parler au roi, et lui présenta sa moitié de platine. On rapprocha les deux moitiés, et l’on trouva qu’elles se ressemblaient et s’ajustaient parfaitement ; si bien que le drôle fut le bienvenu auprès du roi, qui le prenait pour son filleul, et il n’avait rien à faire tous les jours que manger, boire, faire bonne chère et se promener.
Quelque temps après, Charles arriva aussi. On le prit au palais comme pâtre. Le faux filleul, voyant cela, eut peur, et chercha les moyens de se défaire de lui et de le perdre. Il dit un jour au roi :
— Si vous saviez, mon parrain, ce que le gardeur de moutons a dit ?
— Qu’a-t-il dit ? demanda le roi.
— Ce qu’il a dit ? Il a dit qu’il était homme à aller demander au Soleil pourquoi il est si rouge, le matin, quand il se lève.
— Bah ! ce n’est pas possible, à moins qu’il n’ait perdu la tête.
— Il l’a dit, sur ma foi, mon parrain, et je pense qu’il serait bon de l’y envoyer.
On appela le gardeur de moutons auprès du roi.
— Comment ! jeune pâtre, vous avez dit que vous êtes homme à aller demander au Soleil pourquoi il est si rouge, quand il se lève, le matin ?
— Moi, mon roi ? Comment aurais-je pu dire pareille chose ?
— Vous l’avez dit, car mon filleul me Ta assuré ; il faut que vous accomplissiez ce dont vous vous êtes vanté, sinon il n’y a que la mort pour vous. Vous partirez demain matin.
Voilà le pauvre Charles bien embarrassé, je vous prie de le croire. Il ne dormit goutte de toute la nuit.
Le lendemain matin, avant de se mettre en route, il fit le signe de la croix, et dit : « A la grâce de Dieu ! »
Il se dirigea vers le levant. Il n’était pas allé loin encore qu’il rencontra un vieillard à barbe blanche, qui lui dit :
— Où allez-vous comme cela, mon fils, et pourquoi êtes-vous si triste ?
— Ma foi, grand-père, où je vais, je ne le sais guère ; et, si je suis triste, ce n’est pas sans motif. Le roi m’a ordonné d’aller demander au Soleil pourquoi il est si rouge, quand il se lève, le matin.
— Eh bien ! mon garçon, faites exactement comme je vous dirai, et vous pourrez réussir. Voici un cheval de bois ; montez dessus, et il vous portera au pays où le Soleil se lève. Vous arriverez au pied d’une montagne très haute ; vous descendrez alors, vous laisserez votre cheval au pied de la montagne et vous monterez jusqu’au sommet. Là, vous verrez un beau château. C’est le château du Soleil. Vous n’aurez qu’à entrer et faire votre commission.
— Merci, grand-père.
Charles monta sur le cheval de bois, qui s’éleva avec lui en l’air, et ils se trouvèrent bientôt au pied de la haute montagne. Charles la gravit seul jusqu’au sommet. Il aperçut alors le palais du Soleil, y entra sans obstacle et demanda :
— Le Soleil est-il à la maison ?
— Non, lui répondit une vieille femme, qui se trouvait là, — sa mère, sans doute ; — que lui voulez-vous ?
— J’ai besoin de lui parler, grand’mère.
— Eh bien ! si vous voulez attendre un peu, il arrivera sans tarder. Mais, mon pauvre enfant, mon fils aura grand’faim, quand il arrivera, et il voudra vous manger. Restez tout de même, car votre mine me plaît, et je l’empêcherai de vous faire du mal.
Bientôt après arriva le Soleil, en criant :
— J’ai faim ! j’ai grand’faim ! ma mère.
— C’est bien, asseyez-vous là, mon fils, et je vais vous donner à manger, lui dit la vieille.
— Je sens l’odeur de chrétien, mère, et il faut que je le mange ! s’écria le Soleil, un instant après.
— Eh bien ! par exemple, si vous croyez que je vais vous laisser manger cet enfant, vous vous trompez joliment ! Voyez quel charmant garçon !
— Qu’es-tu venu faire ici ? demanda le Soleil à Charles.
— On m’a commandé, Monseigneur le Soleil, de venir vous demander pourquoi vous êtes si rouge, le matin, quand vous vous levez.
— Eh bien ! je ne te ferai pas de mal, car ta mine me plaît, et je t’apprendrai même ce que tu désires savoir. La Princesse de Tronkolaine demeure là, dans un château voisin du mien, et il me faut, tous les matins, me montrer dans toute ma splendeur, quand je passe au-dessus de sa demeure, pour n’être pas vaincu par elle en beauté.
Le lendemain, le Soleil se leva de bon matin et commença sa tournée, comme d’habitude, et Charles partit aussitôt que lui. Descendu de la montagne, il retrouva son cheval de bois qui l’attendait. Il monta dessus et fut ramené en peu de temps à l’endroit où il avait rencontré le vieillard. Il était encore là qui l’attendait.
— Eh bien ! mon fils, lui dit-il, avez-vous réussi dans votre entreprise ?
— Oui, vraiment, grand-père, répondit Charles, et la bénédiction de Dieu soit sur vous !
— C’est bien ; quand vous aurez encore besoin de moi, appelez-moi et vous me reverrez.
Et aussitôt, il disparut, il ne sut comment.
Quand Charles revint au palais du roi, tout le monde était étonné de voir comme il était content et joyeux.
— Eh bien ! lui dit le roi, me diras-tu à présent pourquoi le Soleil est si rouge, le matin, quand il se lève ?
— Oui, sire, je vous le dirai.
— Et pourquoi donc ?
— C’est que, non loin du château du Soleil, se trouve celui de la Princesse de Tronkolaine, et il lui faut paraître, chaque matin, dans toute sa splendeur, quand il passe au-dessus du château, pour n’être pas éclipsé par elle.
— C’est bien, répondit le roi. Et il le renvoya à ses moutons.
Peu de temps après, le faux filleul dit encore au roi :
— Si vous saviez, parrain, ce que le gardeur de moutons a dit ?
— Et qu’a-t-il donc dit encore ?
— Ce qu’il a dit ? Il a dit qu’il est homme à vous amener ici la Princesse de Tronkolaine, pour que vous l’épousiez.
— Vraiment ? Dites-lui de venir me trouver, tout de suite.
Le pauvre Charles se rendit auprès du roi, fort inquiet.
— Comment ! jeune pâtre, vous avez dit être capable de m’amener ici la Princesse de Tronkolaine, pour être ma femme ?
— Comment aurais-je pu dire pareille chose, sire ? Il faudrait que j’eusse complètement perdu l’esprit pour parler ainsi.
— Vous vous en êtes vanté, et il faut que vous le fassiez, sinon il n’y a que la mort pour vous.
Le lendemain matin Charles se remit en route, triste et soucieux. « Si je rencontrais encore le vieillard de l’autre
fois ! » se disait-il en lui-même. A peine eut-il prononcé ces paroles, qu’il aperçut le vieillard qui venait à lui.
— Bonjour, mon fils, lui dit-il.
— A vous pareillement, grand-père.
— Où allez-vous ainsi, mon enfant ?
— Ma foi, grand-père, je n’en sais trop rien. Le roi m’a encore ordonné de lui amener à sa cour la Princesse de Tronkolaine, et je ne sais comment m’y prendre.
— C’est bien, mon garçon. Prenez d’abord cette baguette blanche. Retournez vers le roi, et dites-lui qu’il vous faut trois bateaux, dont un chargé de gruau, un autre de lard et le troisième, de viande salée. Le gruau sera pour le roi des fourmis, que vous trouverez dans une île, au milieu de la mer. Quand vous arriverez dans cette île, vous demanderez : — « N’est-ce pas ici que demeure le roi des fourmis ? — Si, vous dira-t-on.
— Eh bien, voici un cadeau que j’ai pour lui, » ajouterez-vous, en montrant le bateau chargé de gruau. Alors, arriveront toutes les fourmis de l’île, et, en un instant, elles videront le bateau.
— « Ma bénédiction soit avec toi ! vous dira alors le roi des fourmis, et si jamais tu as besoin de nous, appelle le roi des fourmis, et il arrivera aussitôt. » — Plus loin, vous trouverez une autre île, où demeure le roi des lions. Vous demanderez encore, en arrivant : — « N’est-ce pas ici que demeure le roi des lions ? — Si, vous sera-t-il répondu, c’est ici. » Et vous ajouterez : — « C’est que voici un cadeau que j’ai pour lui ; » — et vous montrerez le bateau chargé de lard. Alors, vous verrez arriver des lions, de tous les côtés de l’île, et, en un instant, le bateau sera vidé. Le roi des lions vous dira aussi : — « Ma bénédiction soit avec toi ! Si jamais tu as besoin de moi, tu n’auras qu’à appeler le roi des lions, et j’arriverai aussitôt. » — Enfin, vous arriverez ensuite dans une troisième île, où demeure le roi des éperviers. En y abordant, vous demanderez :
— « N’est-ce pas ici que demeure le roi des éperviers ? — Si, vous sera-t-il répondu, c’est ici. — C’est bien, ajouterez-vous, voici un cadeau que j’ai pour lui. » — Et vous montrerez le bateau chargé de viande salée. Aussitôt, arrivera le roi des éperviers, accompagné de ses sujets, et, en un instant, le bateau sera vidé. — « Ma bénédiction soit avec toi ! dira aussi le roi des éperviers, et si tu as jamais besoin de moi, tu n’auras qu’à appeler le roi des éperviers, et aussitôt j’arriverai. » — Le roi, votre parrain, vous fournira les trois bateaux chargés de gruau, de lard et de viande. Avant de vous embarquer, faites une croix avec votre baguette blanche sur le sable du rivage, et aussitôt soufflera un vent favorable pour vous conduire à votre destination. Prenez bien garde à faire tout exactement comme je vous ai dit, et vous réussirez.
— Merci, et ma bénédiction soit avec vous, grand-père, dit Charles.
Et il partit.
Voilà Charles en mer, avec ses trois bateaux. Il arrive dans la première île, où demeure le roi des fourmis, et il demande :
— N’est-ce pas ici que demeure le roi des fourmis ?
— Si, c’est ici, lui répond-on.
— Eh bien, voici un cadeau que j’ai pour lui ; allez lui dire, je vous prie, de venir le recevoir.
On avertit le roi des fourmis, et il vint aussitôt, accompagné d’une infinité de fourmis.
En un instant, le bateau fut vidé, et le roi dit alors :
— Ma bénédiction sur toi, Charles, filleul du roi de France. Tu nous as sauvés ; car la famine désolait mon royaume, et nous allions tous mourir de faim. Si jamais tu as besoin de moi et de mes sujets, tu n’auras qu’à appeler le roi des fourmis, et j’arriverai aussitôt.
Charles continua sa route, et, pour abréger, il arriva dans l’île où demeurait le roi des lions, puis dans celle où demeurait le roi des éperviers ; il fit exactement comme lui avait recommandé le vieillard, et tous lui promirent aide et protection, au besoin. Avant de s’éloigner de l’île des éperviers, il demanda à leur roi :
— Suis-je encore loin du palais de la Princesse de Tronkolaine ?
— Vous avez encore un bon bout de chemin à faire, lui répondit-on ; mais, vous y arriverez sans mal. Quand vous arriverez, vous verrez la princesse auprès d’une fontaine, occupée à peigner ses cheveux blonds, avec un peigne d’or et un démêloir d’ivoire. Prenez bien garde d’être aperçu d’elle, avant que vous l’ayez vue, car elle vous enchanterait. Elle sera sous un oranger, qui est au-dessus de la fontaine. Allez doucement, doucement, grimpez sur l’arbre, cueillez une orange et jetez-la vite dans la fontaine. Alors la. Princesse lèvera la tête, vous sourira, puis vous invitera à descendre et à l’accompagner jusqu’à son château. Vous pourrez la suivre sans crainte.
— Merci, dit Charles au roi des éperviers. Et il continua sa route.
Il arriva sans tarder au pied du château, — un château magnifique. Il vit la Princesse auprès de la fontaine, occupée à peigner ses cheveux blonds avec un peigne d’or et un démêloir d’ivoire, sous un oranger ; il grimpa sur l’arbre, sans être aperçu d’elle, cueillit une orange et la jeta dans le bassin de la fontaine. Aussitôt, la princesse leva la tête, et, voyant Charles sur l’arbre :
— Ah ! dit-elle, Charles, filleul du Roi de France, c’est donc toi qui es là ! Sois le bienvenu. Descends et accompagne-moi dans mon château. Je ne te veux point de mal ; bien au contraire.
Charles la suivit jusqu’à son château. Jamais ses yeux n’avaient rien vu d’aussi beau.

Il y avait quinze jours qu’il était là, au milieu des plaisirs de toutes sortes, quand il demanda, un jour, à la Princesse si elle consentirait à l’accompagner jusqu’au palais du roi de France ?
— Volontiers, répondit-elle, si vous accomplissez trois travaux que je vous désignerai.
— J’essayerai toujours, dit-il.
Le lendemain matin, la Princesse le conduisit dans un grenier, devant un grand tas de graines de toutes sortes. Il y avait là des graines de lin, de trèfle, de chanvre, de navet et de chou, mêlées ensemble. Elle lui dit qu’avant le coucher du soleil, il fallait qu’il eût réuni toutes les graines de même nature dans un même tas, sans qu’il y eût une graine de nature différente dans aucun des tas. Puis elle s’en alla.
Le pauvre Charles, resté seul, se mit à pleurer, parce qu’il ne croyait pas qu’il fût possible à personne au monde d’accomplir un pareil travail. Il se rappela alors le roi des fourmis. Il m’avait dit, se dit-il à lui-même, que, si jamais j’avais besoin de lui et des siens, je n’aurais qu’à les appeler, et ils viendraient à mon secours. Il me semble que j’ai assez besoin d’eux, en ce moment. Voyons donc s’il disait vrai :
— Roi des fourmis, viens à mon secours, car j’en ai grand besoin !
Et aussitôt le roi des fourmis arriva.
— Qu’y a-t-il pour votre service, demanda-t-il, Charles, filleul du roi de France ?
Charles lui fit part de son embarras.
— S’il n’y a que cela, soyez sans inquiétude, ce sera vite fait.
Le roi appela alors ses sujets, et aussitôt il arriva tant de fourmis, de tous côtés, que toute l’aire du grenier en était couverte. Il leur expliqua ce qu’il y avait à faire. Et les voilà toutes au travail. Quand ce fut fini, le roi des fourmis dit à Charles :
— C’est fait.
Charles le remercia, et il partit avec toutes ses fourmis.
Au coucher du soleil, quand vint la Princesse, elle trouva Charles assis et l’attendant tranquillement.
— Le travail est-il fait ? demanda-t-elle.
— Oui, princesse, c’est fait, répondit Charles tranquillement.
— Voyons cela.
Et elle examina tous les tas. Elle prenait une poignée de chacun et l’examinait de près. Elle ne trouva en aucun tas une graine dissemblable et qui ne fût pas à sa place. Elle en était tout étonnée.
— C’est bien travaillé, dit-elle ; allons à présent souper.
Le lendemain matin, elle commanda à Charles d’abattre toute une longue avenue de grands chênes, et elle lui donna pour outils une hache de bois, une scie de bois et des coins de bois. Tous les arbres devaient être à terre pour le coucher du soleil, le même jour.
Voilà encore notre homme bien embarrassé.
— A moins que le roi des lions ne vienne à mon secours, se dit-il, je ne me tirerai jamais d’affaire, cette fois. Et il appela le roi des lions.
— Roi des Lions, venez à mon secours, car j’en ai grand besoin !
Et le roi des lions arriva aussitôt.
— Qu’y a-t-il pour votre service, Charles, filleul du roi de France ? demanda-t-il.
Charles lui conta son embarras.
— N’est-ce que cela ? Soyez sans inquiétude alors, ce ne sera pas long à faire.
Le roi poussa un rugissement terrible, et aussitôt il arriva des lions plein l’avenue.
— Allons ! mes enfants, leur dit le roi, déracinez et mettez-moi en pièces tous ces arbres, et vite !
Et les voilà aussitôt de se mettre à l’ouvrage, et de travailler, chacun de son mieux. Tout était encore terminé, avant le coucher du soleil.
Quand vint la Princesse, elle fut étonnée de voir tous les chênes déracinés et mis en morceaux, et Charles qui dormait ou feignait de dormir, étendu- sur le dos.
— Ah ! voici, par exemple, un homme ! se dit-elle.
Elle s’approcha de Charles, tout doucement, sur la pointe des pieds, et lui donna deux baisers. Charles se réveilla.
— Le travail est fait, à ce que je vois, lui dit la Princesse.
— Oui, Princesse, le travail est fait.
— C’est bien. Allons souper, car vous devez avoir faim.
Le lendemain matin, on lui dit d’aller abattre et niveler une grande montagne, beaucoup plus haute que la montagne de Bré. On lui donna une brouette et une pelle de bois, et le travail devait être terminé avant le coucher du soleil.
Arrivé au pied de la montagne, Charles restait là à la regarder, et il se disait en lui-même :
— Comment faire cela ? Je n’en viendrai jamais à bout. Mais, le roi des éperviers n’a pas encore travaillé pour moi. Il faut que je l’appelle ; je n’ai d’autre espoir qu’en lui.
— Roi des éperviers, venez à mon secours, car j’en ai grand besoin !
Et aussitôt le roi des éperviers descendit auprès de lui.
— Qu’y a-t-il pour votre service, Charles, filleul du roi de France ? demanda-t-il.
— La Princesse de Tronkolaine m’a dit qu’il faudra abattre et niveler cette haute montagne, avant le coucher du soleil, et, si vous ne me venez en aide, je ne sais vraiment pas comment en venir à bout.
— Si ce n’est que cela, soyez sans inquiétude ; cela sera fait, avant le coucher du soleil.
Alors, le roi des éperviers poussa un cri effrayant, et aussitôt les éperviers arrivèrent, et en si grand nombre, que la lumière du soleil en était obscurcie.
— Qu’y a-t-il à faire, notre roi ? demandèrent-ils.
— Transporter cette montagne de là, de manière qu’à sa place il se trouve une plaine unie ; et vite, vite, mes
enfants !
Et les voilà de déchirer la montagne avec leurs griffes, et de transporter la terre dans la mer. Si bien que le travail était encore terminé, longtemps avant le coucher du soleil, et personne n’eût dit qu’il y avait une montagne là, le matin.
Quand la Princesse vint, au coucher du soleil, elle trouva Charles qui dormait, sous un arbre, et elle lui donna encore deux baisers. Il se réveilla aussitôt, et dit :
— Eh bien ! Princesse, le travail est accompli ; voyez, il n’y a plus de montagne. Maintenant, j’espère que vous viendrez avec moi au palais du roi de France ?
— De tout mon cœur, répondit-elle, et partons tout de suite.
Et ils se dirigèrent du côté de la mer. Les bateaux de Charles se trouvaient encore là. Ils s’embarquèrent dessus, et arrivèrent sans encombre en France. Sur la route, ils visitèrent le vieillard, qui dit à Charles :
— Eh bien, mon fils, avez-vous réussi ?
— Oui, grand-père, et la bénédiction de Dieu soit avec vous !
— C’est bien. Allez, à présent, trouver votre parrain ; vos épreuves et vos peines sont terminées et vous n’aurez plus besoin de moi.
Quand Charles arriva au palais du roi, accompagné de la Princesse de Tronkolaine, tout le monde fut étonné de voir comme elle était belle. Le vieux roi en perdit la tête, et voulut se marier avec elle, tout de suite, quoique la reine sa femme ne fût pas encore morte.
— Non, lui dit la Princesse, je ne suis pas venue ici pour vous épouser, pas plus que le diable qui est ici avec vous.
— Un diable ici ! où donc est-il ? s’écria le roi.
— Celui que vous prenez pour votre filleul est un diable, et voici votre véritable filleul, dit-elle en montrant Charles ; celui-ci a eu tout le mal, et c’est à lui qu’est due la récompense, et il sera mon époux.
— Mais comment renvoyer le diable ? demanda le roi.
— Cherchez d’abord une jeune femme nouvellement mariée, et portant son premier enfant. Quand vous l’aurez trouvée, faites chauffer un four à blanc, et jetez-y le diable. Il se démènera et hurlera de rage, et fera son possible pour sortir du four ; mais, la jeune femme l’y maintiendra en lui montrant son anneau de mariage.
On trouva une jeune femme portant son premier enfant ; on chauffa un four à blanc, puis on y jeta le diable. Celui-ci se démenait et poussait des cris épouvantables, et tout le palais en tremblait. Mais, quand il essayait de sortir du feu, la jeune femme lui présentait son anneau à la gueule du four et le faisait reculer. Si bien qu’il dit alors :
— Si j’étais resté ici, une année encore, j’aurais réduit le royaume à un état désespéré.
Mais, il lui fallut crever là.
Alors, Charles fut marié à la Princesse de Tronkolaine. Le vieux charbonnier, sa femme et tous ses enfants furent aussi de la noce. — C’est là qu’il y eut un festin, alors ! Et un tintamarre et un vacarme et des bombances éternelles ! Les cloches sonnant à toute volée, la grande bannière sur pied, et les violons devant

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MessageSujet: Re: Légendes Bretonnes   Jeu 2 Déc - 16:43

N'Oun-Doaré

Le marquis de Coat-Squiriou, revenant, un jour, de Morlaix, accompagné d’un domestique, aperçut, couché et dormant dans la douve, au bord de la route, un enfant de quatre ou cinq ans. Il descendit de cheval, éveilla l’enfant, qui dormait, et lui demanda :
— Que fais-tu là, mon enfant ?
— Je ne sais pas, répondit-il.
— Qui est ton père ?
— Je ne sais pas.
— Et ta mère ?
— Je ne sais pas.
— D’où es-tu ?
— Je ne sais pas.
— Quel est ton nom ?
— Je ne sais pas, répondit-il toujours.
Le marquis dit à son domestique de le prendre en croupe sur son cheval, et ils continuèrent leur route vers Coat-Squiriou.
L’enfant fut appelé N’oun Doarè, ce qui signifie en breton : Je ne sais pas.
On l’envoya à l’école, à Carhaix, et il apprenait tout ce qu’on lui enseignait.
Quand il eut vingt ans, le marquis lui dit :
— Te voilà assez instruit, à présent, et tu vas venir avec moi à Coat-Squiriou.
Et il l’emmena à Coat-Squiriou.
Le quinze du mois d’octobre, le marquis et N’oun-Doaré allèrent ensemble à la Foire-Haute, à Morlaix, et descendirent dans le meilleur hôtel de la ville.
— Je suis content de toi, et je veux t’acheter une bonne épée, dit le marquis au jeune homme.
Et ils allèrent ensemble chez un armurier. N’oun-Doaré y examina mainte belle et bonne épée ; mais, aucune ne lui plaisait, et ils s’en allèrent sans avoir rien acheté. En passant devant la boutique d’un marchand de vieilles ferrailles, N’oun-Doaré s’y arrêta, et, remarquant une vieille épée toute rouillée, il la saisit et s’écria :
— Voici l’épée qu’il me faut !
— Comment ! Lui dit le marquis, vois donc dans quel état elle est ! Cela n’est bon à rien.
— Achetez-la-moi comme elle est, je vous prie, et vous verrez plus tard qu’elle est bonne à quelque chose.
Le marquis paya la vieille épée rouillée, qui ne lui coûta pas cher, et N’oun-Doaré l’emporta, tout heureux de son acquisition ; puis, ils retournèrent à Coat-Squiriou.
Le lendemain, N’oun-Doaré, en examinant son épée, découvrit sous la rouille des caractères à demi effacés, mais qu’il parvint pourtant à déchiffrer. Ces caractères disaient : « Je suis l’Invincible ! »
A merveille ! Se dit N’oun-Doaré. Quelque temps après, le marquis lui dit :
— Il faut que je t’achète aussi un cheval.
Et ils se rendirent tous les deux à Morlaix, un jour de foire.
Les voilà en champ de foire. Il y avait là, certes, de beaux chevaux, de Léon, de Tréguier et de Cornouaille. Et pourtant, N’oun-Doaré n’en trouvait aucun à lui convenir, si bien que le soir, après le coucher du soleil, ils quittèrent le champ de foire, sans avoir rien acheté.
Comme ils descendaient la côte de Saint-Nicolas, pour rentrer en ville, ils rencontrèrent un Cornouaillais menant par un licol de chanvre une vieille jument fourbue et maigre comme la jument de la Mort. N’oun-Doaré s’arrêta, la regarda et s’écria :
— Voici la jument qu’il me faut !
— Comment ! Cette rosse ? Mais regarde-la donc ! Lui dit le marquis.
— Oui, c’est bien elle que je veux, et pas une autre ; achetez-la-moi, je vous prie.
Et le marquis acheta la vieille jument à N’oun-Doaré, tout en protestant qu’il avait de singuliers goûts.
Le Cornouaillais, en livrant sa bête, dit à l’oreille de N’oun-Doaré :
— Voyez-vous ces noeuds, au licol de la jument ?
— Oui, répondit-il.
— Eh bien, chaque fois que vous en déferez un, la jument vous transportera immédiatement à quinze cents lieues de l’endroit où vous serez.
— Fort bien, répondit-il.
Pais, N’oun-Doaré et le marquis reprirent le chemin de Coat-Squiriou, avec la vieille jument. Chemin faisant, N’oun-Doaré défit un nœud du licol, et aussitôt la jument et lui furent transportés, à travers l’air, à quinze cents lieues de là. Ils descendirent au centre de Paris (1).
Quelques mois après, le marquis de Coat-Squiriou vint aussi à Paris, et rencontra N’oun-Doaré, par hasard.
— Comment ! Lui demanda-t-il, est-ce qu’il y a longtemps que tu es ici ?
— Mais oui, répondit-il.
— Comment donc y es-tu venu ?
Et il lui raconta comment il était venu si vite à Paris.
Ils allèrent ensemble saluer le roi, dans son palais. Le roi connaissait le marquis de Coat-Squiriou, et leur fit bon accueil.
Une nuit, par un beau clair de lune, N’oun-Doaré alla se promener, seul avec sa vieille jument, hors de la ville. Il remarqua, au pied d’une vieille croix de pierre, dans un carrefour, quelque chose de lumineux. Il s’approcha et reconnut une couronne d’or, garnie de diamants.
— Je vais l’emporter, sous mon manteau, se dit-il.
— Gardez-vous-en bien, ou vous vous en repentirez, dit une voix venue il ne savait d’où. Cette voix, qui était celle de sa jument, se fit entendre jusqu’à trois fois. Il hésita quelque temps et finit par emporter la couronne, sous son manteau.
Le roi lui avait confié le soin d’une partie de ses chevaux, et, la nuit, il éclairait son écurie avec la couronne, dont les diamants brillaient dans l’obscurité. Ses chevaux étaient plus gras et plus beaux que tous ceux que soignaient les autres valets, et le roi l’en avait félicité souvent, de sorte qu’ils étaient jaloux de lui. Il y avait défense expresse d’avoir de la lumière dans les écuries, la nuit, et, comme ils en voyaient toujours dans l’écurie de N’oun-Doaré, ils allèrent le dénoncer au roi. Le roi n’en fit d’abord aucun cas, mais, comme ils renouvelèrent plusieurs fois leur dénonciation, il demanda au marquis de Coat-Squiriou ce qu’il y avait de vrai dans tout cela.
— Je ne sais pas, répondit le marquis, mais je m’informerai auprès de mon domestique.
— C’est ma vieille épée rouillée, répondit N’oun-Doaré, qui luit dans l’obscurité, car c’est une épée fée.
Mais, une nuit, ses ennemis, appliquant leurs yeux au trou de la serrure de son écurie, virent que la lumière qu’ils dénonçaient était produite par une belle couronne d’or placée sur le râtelier des chevaux, et qui éclairait sans brûler. Ils coururent en avertir le roi. Celui-ci, la nuit suivante, guetta le moment où la lumière fit son apparition, et, pénétrant subitement dans l’écurie de N’oun-Doaré, dont il avait une clé, comme de toutes les autres, il s’empara de la couronne, la mit sous son manteau et l’emporta dans sa chambre.
Le lendemain, il convoqua les savants et les magiciens de la capitale, pour lui donner la signification de l’inscription gravée sur la couronne ; mais aucun d’eux n’y comprenait rien.
Un enfant de sept ans, qui se trouvait là par hasard, vit aussi la couronne et dit que c’était celle de la princesse du Bélier d’Or.
Aussitôt, le roi fit appeler N’oun-Doaré, et lui parla de la sorte :
— Il faut que tu m’amènes à la cour la princesse du Bélier d’Or, pour être mon épouse, et, si tu ne me l’amènes pas, il n’y a que la mort pour toi.
Voilà le pauvre N’oun-Doaré bien embarrassé. Il va trouver sa vieille jument, les larmes aux yeux.
— Je sais, lui dit la jument, ce qui cause votre embarras et votre tristesse. Vous rappelez-vous que je vous dis de laisser la couronne d’or où vous la trouvâtes, autrement vous vous en repentiriez, un jour ? Voici ce jour venu. Pourtant, ne vous laissez pas aller au désespoir, car, si vous m’obéissez et faites de point en point ce que je vais vous dire, vous pouvez encore vous tirer de ce mauvais pas. Allez d’abord trouver le roi et demandez-lui de l’avoine et de l’argent pour le voyage.
Le roi donna de l’avoine et de l’argent, et N’oun-Doaré se mit en route avec sa vieille jument.
Ils arrivent au bord de la mer, et y voient un petit poisson resté à sec sur le sable et près de mourir.
— Mettez vite ce poisson à l’eau, dit la jument. N’oun-Doaré obéit, et aussitôt le petit poisson, élevant sa tête au-dessus de l’eau, parla de la sorte :
— Tu m’as sauvé la vie, N’oun-Doaré ; je suis le roi des poissons, et si jamais tu as besoin de mon secours, tu n’auras qu’à m’appeler, au bord de la mer, et j’arriverai aussitôt.
Et il plongea dans l’eau et disparut. Un peu plus loin, ils rencontrèrent un petit oiseau, pris dans des lacs.
— Délivrez cet oiseau, dit encore la jument. Et N’oun-Doaré délivra le petit oiseau, qui dit aussi, avant de s’envoler :
— Merci ! N’oun-Doaré, je te revaudrai ce service ; je suis le roi des oiseaux, et si jamais moi ou les miens pouvons t’être utiles, tu n’auras qu’à m’appeler et j’arriverai aussitôt.
Ils continuèrent leur route, et, comme la jument traversait facilement les fleuves, les montagnes, les forêts et les mers, ils arrivèrent bientôt sous les murs du château du Bélier d’Or. Ils entendirent un vacarme épouvantable à l’intérieur du château, de sorte que N’oun-Doaré n’osait pas y entrer. Près de la porte, il vit un homme attaché à un arbre, par une chaîne de fer, et qui avait autant de cornes sur le corps qu’il y a de jours dans l’année.
— Détachez cet homme et rendez-lui la liberté, dit la jument.
— Je n’ose pas en approcher.
— Ne craignez rien ; il ne vous fera pas de mal. N’oun-Doaré détacha l’homme, qui lui dit :
— Merci ! Je vous revaudrai ce service ; si jamais vous avez besoin de secours, appelez Griffescornu, le roi des démons, et j’arriverai aussitôt.
— Entrez à présent dans le château, dit la jument à N’oun-Doaré, et ne craignez rien ; je resterai à paître ici, dans le bois, où vous me retrouverez, au retour. La maîtresse du château, la princesse du Bélier d’Or, vous fera bon accueil et vous montrera nombre de merveilles de toutes sortes. Vous l’inviterez à vous accompagner dans le bois, pour voir votre jument, qui n’a pas sa pareille au monde, et qui connaît toutes les danses de Basse-Bretagne et des autres pays, que vous lui ferez exécuter sous ses yeux.
N’oun-Doaré se dirige vers la porte du château. Il rencontre une servante, qui va puiser de l’eau à la fontaine du bois, et qui lui demande ce qu’il cherche par là.
— Je voudrais, répond-il, parler à la princesse du Bélier d’Or.
La servante va dire à sa maîtresse qu’un étranger vient d’arriver au château, qui demande à lui parler.
La princesse descend aussitôt de sa chambre et invite N’oun-Doaré à visiter avec elle les merveilles de son château.
Quand il eut tout vu, il invita à son tour la princesse à venir voir sa jument, dans le bois. Elle y consentit, sans difficulté. La jument exécuta devant elle les danses les plus variées, ce qui la divertit beaucoup.
— Montez sur son dos, princesse, lui dit N’oun-Doaré, et elle dansera avec vous fort agréablement.
La princesse, après quelque hésitation, monta sur la jument ; N’oun-Doaré sauta aussitôt à côté d’elle, et aussitôt la jument s’éleva en l’air avec eux et les transporta, en un instant, par-delà la mer.
— Vous m’avez trompée ! S’écriait la princesse ; mais vous n’êtes pas encore au bout de vos épreuves, et avant que j’épouse le vieux roi de France, vous aurez pleuré, plus d’une fois.
Ils arrivèrent promptement à Paris. Dès en arrivant, N’oun-Doaré conduisit la princesse au roi et lui dit, en la lui présentant.
— Sire, voici la princesse du Bélier d’Or. Le roi fut ébloui par sa beauté ; il ne se possédait pas de joie et voulait l’épouser, sur-le-champ. Mais, la princesse demanda qu’on lui rapportât d’abord son anneau, qu’elle avait laissé dans sa chambre, au château du Bélier d’Or.
N’oun-Doaré fut encore chargé par le roi d’aller à la recherche de l’anneau de la princesse. Il s’en revint tout triste vers sa jument.
— Ne vous rappelez-vous pas, lui dit celle-ci, avoir sauvé la vie au roi des oiseaux, qui vous promit de reconnaître ce service, à l’occasion ?
— Je me le rappelle, répondit-il.
— Eh bien, appelez-le à votre secours, c’est le moment.
Et N’oun-Doaré s’écria :
— Roi des oiseaux, venez à mon secours, je vous prie !
Aussitôt, le roi des oiseaux arriva et demanda :
— Qu’y a-t-il pour votre service, N’oun-Doaré ?
— Le roi, dit-il, veut que je lui rapporte, sous peine de la mort, l’anneau de la princesse du Bélier d’Or, qui est resté à son château, dans un cabinet dont elle a perdu la clé.
— Rassurez-vous, dit l’oiseau, l’anneau vous sera rapporté.
Et aussitôt il appela tous les oiseaux connus, chacun par son nom. Ils arrivaient tous, à mesure que leurs noms étaient prononcés ; mais, hélas ! Aucun d’eux n’était assez petit pour pouvoir pénétrer dans le cabinet de la princesse, par le trou de la serrure. Le roitelet seul avait quelque chance d’y réussir ; il fut donc envoyé à la recherche de l’anneau.
Avec beaucoup de mal et en y laissant presque toutes ses plumes, il parvint à s’introduire dans le cabinet, prit l’anneau et l’apporta à Paris.
N’oun-Doaré courut aussitôt le présenter à la princesse.
— A présent, princesse, lui dit alors le roi, vous n’avez sans doute plus de raison de retarder davantage mon bonheur ?
— Il ne me manque plus qu’une chose pour vous satisfaire, sire, mais il me la faut, ou rien ne sera fait, répondit-elle.
— Parlez, princesse, ce que vous demanderez sera fait.
— Eh bien, faites-moi apporter mon château ici, vis-à-vis du vôtre.
— Apporter votre château ici !… Comment voulez-vous ?…
— Il me faut mon château, vous dis-je, ou rien ne sera fait.
Et N’oun-Doaré fut encore chargé d’aviser aux moyens de transporter le château de la princesse, et il se mit en route avec sa jument.
Quand ils arrivèrent sous les murs du château, la jument parla de la sorte :
— Appelez à votre secours le roi des démons, que vous avez délivré de ses chaînes, à notre premier voyage.
Il appela le roi des démons, qui vint et demanda :
— Qu’y a-t-il pour votre service, N’oun-Doaré ?
— Transportez-moi le château de la princesse du Bélier d’Or à Paris, devant celui du roi de France, et tout de suite.
— C’est bien, cela va être fait à l’instant.
Et le roi des démons appela ses sujets, dont il vint toute une armée, et ils déracinèrent le château du rocher sur lequel il se trouvait, l’enlevèrent en l’air et le transportèrent à Paris. N’oun-Doaré et sa jument les suivirent et y arrivèrent aussitôt qu’eux.
Le matin, les Parisiens furent tout étonnés de voir l’éclat du soleil levant sur les dômes d’or du château et crurent à un incendie ; aussi, criait-on de toutes parts : « Au feu ! Au feu !… »
Mais la princesse reconnut facilement son château et se hâta de s’y rendre.
— A présent, princesse, lui dit le roi, il ne vous reste plus qu’à fixer le jour des noces.
— Oui, mais il me faut encore une petite chose avant, répondit-elle.
— Quoi donc, princesse ?
— La clé de mon château, qu’on ne m’a pas rapportée, et sans laquelle je ne puis y entrer.
— J’ai ici des serruriers très habiles, qui vous en feront une nouvelle.
— Non, personne au monde ne peut fabriquer une nouvelle clé capable d’ouvrir la porte de mon château ; il me faut l’ancienne, qui est au fond de la mer.
En se rendant à Paris, comme elle passait pardessus la mer, elle l’avait laissée tomber au fond de l’abîme.
N’oun-Doaré est encore chargé de rapporter à la princesse la clé de son château, et il se remet en route avec sa vieille jument. Arrivé au bord de la mer, il appelle à son secours le roi des poissons. Celui-ci arrive aussitôt et demande :
— Qu’y a-t-il pour votre service, N’oun-Doaré ?
— Il me faut la clé du château de la princesse du Bélier d’Or, que la princesse a jetée à la mer.
— Vous l’aurez, répond le roi.
Et il appela aussitôt tous ses poissons, qui se hâtaient d’accourir, à mesure qu’il prononçait leurs noms ; mais, aucun d’eux n’avait vu la clé du château. Seule, la vieille n’avait pas répondu à l’appel de son nom. Elle finit par arriver aussi, portant dans sa bouche la clé, qui était un diamant d’une très grande valeur. Le roi des poissons la prit et la donna à N’oun-Doaré.
N’oun-Doaré et sa jument retournèrent aussitôt à Paris, heureux et sans souci, cette fois, car ils savaient que c’était leur dernière épreuve.
La princesse ne pouvait plus reculer et temporiser, et le jour du mariage fut fixé.
On se rendit à l’église, en grande pompe et cérémonie, et N’oun-Doaré et sa jument suivaient le cortège et entrèrent aussi dans l’église, au grand étonnement et grand scandale de tout le monde. Mais, quand la cérémonie fut terminée, la peau de la jument tomba à terre et laissa voir une princesse, d’une beauté merveilleuse, qui présenta la main à N’oun-Doaré, en disant :
— Je suis la fille du roi de Tartarie ; venez avec moi dans mon pays, N’oun-Doaré, et nous nous y marierons ensemble.
Et N’oun-Doaré et la fille du roi de Tartarie, laissant le roi et la société tout ébahis, partirent ensemble, et, depuis, je n’ai pas eu de leurs nouvelles.

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MessageSujet: Re: Légendes Bretonnes   Jeu 2 Déc - 16:44

Le Magicien Ferragio

Il y avait une fois un comte du Poitou. Sa femme accoucha et lui donna une fille. On appela tous les magiciens connus pour lui tirer son horoscope. Il en vint de tous côtés, mais, ils n’étaient pas d’accord. Les uns prédisaient que l’enfant, qui s’appelait Marguerite, épouserait un roi ; d’autres prétendaient que ce serait un prince, d’autres, un duc ou un comte. Le père n’était guère satisfait de ce désaccord, et il fit bannir par tout le royaume que tous ceux qui savaient quelque chose en fait de prédiction n’avaient qu’à se rendre à son château, et ils seraient bien traités et bien rémunérés.
Il y avait en ce temps-là, dans les montagnes de Scrignac (1), un berger renommé dans tout le pays comme devin et un peu sorcier, et on venait le trouver de fort loin. Son nom était Gorvel. Il entendit les bannies, un jour de marché, à Morlaix, et se mit aussitôt en route vers le Poitou.
Arrivé au château du comte, on lui fit voir l’enfant. Il demanda un demi-verre d’eau et un demi verre de vin. Il mélangea les deux liquides, observa la manière dont se comporta le mélange et dit ensuite que l’enfant, à l’âge de douze ans, serait enlevée par le magicien Ferragio et délivrée par un de ses proches parents. Il prédit encore que, au bout d’un an, la comtesse donnerait le jour à un fils ; puis il ajouta que, si, les temps étant révolus, ses prédictions ne s’accomplissaient pas, il consentait à être mis à mort.
Le comte pria Gorvel de rester près de lui, et fit aussi venir sa femme et ses enfants.
La comtesse accoucha d’un fils, comme il l’avait prédit. Il fut nommé Hervé.
Aussitôt né, l’enfant fut confié à une nourrice, laquelle quitta avec lui le château, pendant quelque temps.
Cependant Marguerite approchait de ses douze ans et son père devenait soucieux et songeait aux moyens de la protéger contre le magicien Ferragio. Il plaça des gardes tout autour de son château et jusques sur le toit. Précautions inutiles. Quand vint le jour où la jeune fille accomplissait sa douzième année, comme elle se promenait avec sa gouvernante dans le jardin du château, tout-à-coup le ciel s’obscurcit, le tonnerre se fit entendre, et, du sein d’un nuage qui s’abaissa jusqu’à terre, descendit le magicien, qui l’enleva et partit aussitôt avec elle dans son nuage.
Grande désolation du père et de la mère.
Mais, occupons-nous à présent du jeune enfant que nous avons vu partir avec sa nourrice ; nous retrouverons plus tard Marguerite et le magicien.
Quand Hervé eut dix ans, on l’envoya à l’école, dans la ville voisine. Ses camarades ne l’appelaient que penher (fils unique), et il croyait bien qu’il n’avait ni frère ni sœur, et son père et sa mère ne lui avaient jamais dit non plus qu’il en eût. Cependant, un de ses condisciples ayant dit un jour aux autres : « Celui-là n’est pas penher, car il a une sœur, qui a été enlevée, à l’âge de douze ans, par le magicien Ferragio » ces paroles produisirent sur lui un singulier effet. Il fit un paquet de ses livres et de ses cahiers et s’en vint tout droit à la maison. Il demanda à son père si ce qu’il avait entendu était vrai, à savoir : qu’il avait une sœur, qui avait été enlevée, à l’âge de douze ans, par le magicien Ferragio. Son père lui avoua que c’était la vérité, et il dit alors qu’il voulait aller à la recherche de sa sœur, et qu’il ne reviendrait à la maison que lorsqu’il l’aurait trouvée et délivrée.
Il se fit construire un navire propre à aller par eau et par terre, et il partit en emmenant avec lui les deux fils de Gorvel le devin. Il demandait partout où se trouvait le château de Ferragio le magicien, et personne ne pouvait le lui dire. Ils vont, tantôt par terre, tantôt par mer, loin, bien loin, plus loin encore. Ils abordent à une île pour faire de l’eau. Ils y trouvent des oranges en abondance et en font provision, pour emporter sur leur navire. Ils s’engagent dans une belle avenue d’orangers chargés de fruits, sablée avec du sable d’or et à l’extrémité de cette avenue, ils rencontrent un château de cristal avec une porte en or ‘massif. Ils hésitent un moment s’ils doivent entrer dans ce château ou passer outre. Hervé se décide à entrer, et ses deux compagnons le suivent. Il frappe à la porte, et elle lui est ouverte par un vilain nain, lequel a une barbe qui fait sept fois le tour de son corps.
— Que demandes-tu ? Lui dit le nain, d’un ton insolent.
— Visiter ton château, lui répond Hervé.
— Pour cela il faut que tu te battes avec moi et que tu sois le plus fort.
— Eh bien ! Battons-nous, dit Hervé tranquillement.
Hervé le terrassa, non sans mal, et lui coupa la tête. – Mais, aussitôt parut un géant de dix-sept pieds de haut, qui lui dit :
— Ah ! Ver de terre, tu as tué mon frère, mais, c’est à moi que tu auras à faire, à présent.
Et le combat commença, terrible.
Hervé vint encore à bout de celui-là, et il lui trancha aussi la tête. Mais, un second géant, plus grand, parut alors et dit comme le premier :
— Ah ! Ver de terre, tu as tué mes deux frères ; mais moi, je vais t’avaler tout vif.
Et il s’avança sur lui, la bouche béante comme l’ouverture d’un four.
Hervé l’éventra, si bien que ses boyaux tombèrent par terre, et il lui coupa aussi la tête. Puis, il regarda autour de soi, en se demandant avec inquiétude : — « Est-ce qu’il y en a encore ? » car il n’en pouvait plus. Mais, il ne se présenta pas d’autre géant ni nain, et ils entrèrent tous les trois dans le château. Ils ne trouvèrent personne, dans la première pièce. Ils passèrent dans une seconde et y virent une table magnifiquement servie, avec les mets tout fumants et sentant bon, et personne autour de la table. Ils s’assoient et mangent et boivent à discrétion, servis par des mains invisibles. Puis, les mêmes mains, prenant des flambeaux, les conduisent à de belles chambres, où ils trouvent d’excellents lits de plume. Ils dorment tranquillement, jusqu’au lendemain matin, où ils sont éveillés par des cris de détresse poussés par une voix de femme. Ils se lèvent précipitamment, courent aux fenêtres, et voient avec étonnement le nain barbu que Hervé croyait avoir tué qui traînait une jeune fille par les cheveux, sur le pavé de la cour. Ils descendent pour lui porter secours ; mais, arrivés dans la cour, ils ne voient plus rien, ni nain, ni jeune fille.
Ils passèrent la journée au château, s’y trouvant bien, déjeunèrent, dînèrent, se promenèrent dans les jardins, qui étaient magnifiques, puis soupèrent et se couchèrent encore, sans avoir aperçu ni entendu nul être vivant.
Le lendemain matin, ils furent éveillés par les mêmes cris que la veille et virent encore le nain qui traînait la même jeune fille par les cheveux. Mais, quand ils arrivèrent dans la cour, et le nain et la jeune fille avaient encore disparu. Ils en étaient fort dépités.
La troisième nuit, ils se couchèrent tout habillés sur leurs lits, se levèrent un peu avant le jour, et quand les cris se firent encore entendre, au matin, ils se précipitèrent dans la cour. Hélas ! Ils arrivaient encore trop tard. Ils purent voir pourtant le nain soulever une grande dalle de pierre, au moyen d’un organeau qui y était scellé, et disparaître dessous avec la jeune fille. Ils coururent à la pierre, la soulevèrent avec peine et aperçurent un escalier de marbre, qui descendait profondément sous terre. Hervé dit à ses deux compagnons :
— Restez là ; moi, je vais descendre dans le souterrain, et si je ne reviens pas, au bout d’un an et un jour, vous retournerez auprès de mon père.
Et il descendit dans le trou. Il descendit, descendit, dans l’obscurité, et arriva enfin à un autre château, beaucoup plus beau que le premier. Il frappa à la porte et le nain qu’il avait vu maltraiter la jeune fille vint lui ouvrir.
— Que cherches-tu par ici, ver de terre ? Lui demanda le nain.
— Ma sœur, vilaine bête, répondit-il, sans peur.
— Ta sœur est bien ici, et tu ne l’auras pas.
— Je l’aurai, de gré ou de force.
Et le combat commence aussitôt.
Hervé tue aussi le nain et lui tranche la tête.
Mais, aussitôt sort de dessous terre un géant de vingt-deux pieds de haut, et le combat recommence. Le géant est aussi tué et décapité, et aussitôt un autre géant de vingt-cinq pieds de haut prend sa place. Il a le même sort que son frère.
Hervé pénétre alors dans le château. Il passe dans la salle à manger, où il trouve un bon dîner servi, et encore personne. Il avait faim, et il mange et boit en conséquence. Quand il a fini, une main invisible prend un flambeau sur la table et, s’avançant devant lui, elle le conduit à une chambre à coucher, où il trouve un excellent lit de plume.
Le lendemain matin, quand il descendit, il trouva encore un bon déjeuner servi, et ne fit pas plus de compliments que la veille pour en profiter. Puis, il alla se promener dans les jardins. Il y remarqua une petite loge, dans laquelle se tenait une petite vieille, qui avait deux dents longues comme le bras. Il l’aborda, la salua poliment et lui dit :
— Bonjour, grand’mére.
— Que cherches-tu par ici, ver de terre ? Lui demanda la vieille.
— Je cherche ma sœur, répondit-il, qui doit être par ici, quelque part.
— Hélas ! Mon pauvre enfant, si tu savais le danger auquel tu t’exposes, tu t’en irais bien vite ; tu es ici chez le grand magicien Ferragio.
— C’est lui précisément que je cherche, grand’mére.
— Sais-tu bien que Ferragio n’a qu’un seul endroit dans son corps où il puisse être atteint mortellement. Il faut le frapper au front. Mais, son front est garni de sept plaques de cuivre superposées, et il faut les traverser toutes pour le tuer.
— Eh bien ! Grand’mére, je traverserai de mon épée les sept plaques de cuivre et je tuerai Ferragio. Et là-dessus, il commença par tuer la vieille, qui était la mère du magicien.
Il retourna alors au château, et en visitant les salles et les chambres, il rencontra la jeune fille qu’il avait vu maltraiter par le nain, et elle lui dit : —Dans trois jours, le magicien Ferragio, qui est présentement absent, reviendra, et il te faudra, te battre contre lui, dès le lendemain, pour me retirer d’ici ; mais, voici un onguent que tu mettras sur tes blessures et qui les guérira instantanément. Je suis la fille du roi d’Espagne, et j’ai été enlevée par le magicien, qui me retient ici captive, depuis plusieurs années.
Hervé prit l’onguent, remercia la princesse et lui demanda des nouvelles de sa sœur.
— Ta sœur, lui dit-elle, n’est pas ici ; elle est dans le château du magicien Trubardo, et tu auras fort à faire pour la lui arracher.
La princesse s’en alla là-dessus. Au bout des trois jours, Ferragio arriva et il demanda à Hervé, dès qu’il le vit :
— Que cherches-tu par ici, avorton ?
— Ma sœur et la jeune princesse que j’ai vu maltraiter par un vilain nain, dans le château d’en-haut.
— Tu n’auras ni l’une ni l’autre, à moins que tu ne les gagnes à la pointe de ton épée.
— C’est ce que je compte bien faire.
— Vraiment, pauvre petit ! Eh bien ! Trouve-toi, demain matin, dans la cour du château et nous verrons.
Le lendemain, Hervé fut exact au rendez-vous. Le magicien envoya un taureau contre lui. L’animal, furieux, se précipita sur Hervé, tête baissée ; mais, il sut l’éviter, en se jetant de côté, et le taureau alla donner contre un mur où ses cornes s’enfoncèrent si profondément, qu’il ne pouvait plus les en retirer. Alors, Hervé le tua facilement.
— Ce n’est pas tout, lui dit le magicien, il faudra recommencer, demain matin.
— A demain matin donc, répondit Hervé, tranquillement.
Le lendemain, le magicien envoya contre lui un grand cheval furieux. Il tua aussi le cheval. Enfin, le troisième jour, il eut affaire à un serpent recouvert d’écaillés jaunâtres et qui vomissait du feu. Il finit aussi par en venir à bout, mais, avec bien du mal, et il le tua comme le taureau et le cheval.
— C’est bien, dit le magicien, en dissimulant sa colère et son inquiétude ; mais, à présent, c’est à moi-même que tu auras affaire. Retrouve-toi ici, demain matin, et nous en finirons avec toi. Et il s’en alla là-dessus.
La fille du roi d’Espagne vint trouver Hervé et lui dit :
— Tu es sorti heureusement et sans beaucoup de peine de ces trois épreuves ; mais, trois autres vont leur succéder, à présent, qui seront bien plus difficiles ; car c’est contre le magicien lui-même qu’il te faudra combattre. Aie confiance pourtant et bon courage, et, grâce à l’onguent magique que je t’ai donné, tu pourras encore te tirer d’affaire.
Le lendemain matin donc, le voilà aux prises avec le magicien en personne. Le combat fut long et terrible. Hervé fut souvent atteint mortellement ; mais, il mettait aussitôt un peu de son onguent sur la blessure et se trouvait guéri aussitôt. Il parvint à percer deux des sept plaques de cuivre qui garnissaient le front du magicien, et celui-ci se sentit faiblir un peu. Il continua pourtant de faire bonne contenance. Enfin, épuisés et n’en pouvant plus, de part et d’autres, ils convinrent de remettre la suite du combat au lendemain, et se retirèrent, chacun de son côté, pour se restaurer et se reposer.
Ils recommencèrent de plus belle, le lendemain, et si l’affaire avait été chaude, la veille, ce jour-là, elle le fut bien davantage. On se battit jusqu’au soir, et, au coucher du soleil, Hervé avait encore percé trois autres plaques de cuivre ; ce qui faisait cinq, avec les deux de la veille.
Le magicien, qui faiblissait, à mesure qu’on perçait les plaques de son front, demanda encore quartier jusqu’au lendemain, et Hervé, qui, de son côté, n’en pouvait plus, s’empressa d’y consentir.
Le troisième jour, ils étaient encore, dès le lever du soleil, en présence l’un de l’autre, et le combat recommença, plus terrible que jamais, car il fallait finir, ce jour-là, par la mort de l’un ou de l’autre des combattants. Hervé dut avoir recours souvent à son onguent, et le magicien, furieux de voir qu’il ne tombait pas, quelque terribles et mortels que fussent les coups qu’il lui portait, en perdait la tête et ses coups n’étaient plus aussi sûrs. Vers le coucher du soleil, Hervé parvint à percer les deux dernières plaques, et aussitôt le monstre s’affaissa sur lui-même et tomba à terre, roide mort. Pour plus de sûreté, Hervé lui trancha la tête et la jeta dans les fossés du château.
Aussitôt, on vit surgir de tous côtés des princesses, toutes plus belles les unes que les autres, et qui venaient remercier le vainqueur en lui disant, l’une : — « Venez avec moi chez mon père pour lui demander ma main ; je suis la fille de l’empereur de Turquie. » Une autre : — « Je suis la fille du roi de Perse ; » une troisième : — « Je suis la fille du roi de Naples, » et ainsi de suite. Hervé ne savait trop à laquelle entendre, tant elles étaient toutes jolies et gracieuses. Cependant, il se décida pour la fille du roi d’Espagne, laquelle lui avait procuré l’onguent magique qui lui fut si utile, dans ses combats avec le magicien. Toutes les autres princesses partirent, chacune de son côté, dans de beaux carrosses attelés de chevaux ailés, qui s’élevèrent dans l’air et les portèrent promptement dans leurs pays.
Hervé partit aussi, par la même voie, pour l’Espagne, avec sa protectrice. Mais, ils n’étaient pas encore loin, quand le ciel s’obscurcit tout d’un coup, et ils virent un nuage noir qui s’avançait sur eux, d’une façon menaçante.
— Hélas ! s’écria la princesse, à cette vue, c’est le géant Trubardo, frère de Ferragio, qui nous poursuit, sous cette forme.
Et à peine avait-elle prononcé ces paroles, que Trubardo, qui était aussi magicien, descendit du nuage, sous la forme du croissant de la lune, et l’enleva. Quant à Hervé, il fut précipité à terre et tomba dans une carrière. Quand il se releva de là, tout meurtri, il ne savait pas où il était, ni de quel côté il devait se diriger. Il alla au hasard, à la grâce de Dieu, et arriva dans la ville de Constantinople. Il se rendit immédiatement au palais de l’empereur et demanda de l’occupation. On le prit comme berger, et on lui recommanda de ne pas approcher avec son troupeau du château du magicien Trubardo, qui demeurait dans le voisinage et faisait trembler toute la ville.
Quand il entendit cela, il en fut content et ne songea plus qu’à reprendre la princesse espagnole au magicien. Mais, hélas ! Il n’avait pas d’armes, et il en était fort contrarié.
Un jour, qu’il était avec son troupeau sur une grande lande, il rencontra un vieillard à la barbe longue et blanche comme la neige et qui lui demanda s’il n’était pas encore las de garder les troupeaux en Turquie, et s’il ne désirait pas retourner dans son pays.
— Je retournerais volontiers chez mon père, répondit-il ; mais, je voudrais retrouver ma sœur auparavant et aussi la fille du roi d’Espagne, que le magicien Trubardo retient captives.
— Il faut alors les aller chercher chez le magicien Trubardo.
— Oui, mais il me faudrait des armes pour cela.
— Eh bien ! Voici une épée et une lance ; l’épée est celle avec laquelle saint Pierre coupa l’oreille de Malchus, et la lance est celle qui perça le côté gauche de Notre-Sauveur, sur la croix. Avec ces armes, tu peux marcher sans crainte contre le magicien. Il a un point noir dans la paume de la main gauche, et c’est là qu’il faut le frapper ; car c’est le seul endroit de son corps où il soit vulnérable.
— C’est bien, mais qui gardera mon troupeau, en mon absence ?
— Moi, sois tranquille à ce sujet,
Et Hervé prit l’épée et la lance et se rendit au château du magicien.
Il frappa à la porte. Elle s’ouvrit aussitôt et il se trouva en présence d’un géant de dix-huit pieds de haut, qui lui demanda :
— Que cherches-tu par ici, ver de terre ?
— La fille du roi d’Espagne, répondit-il, et ma sœur, la fille du comte du Poitou.
— Elles sont bien ici, en effet ; mais, tu ne les auras pas, à moins que tu ne me tues d’abord et le magicien Trubardo ensuite.
— Eh bien ! Je te tuerai et le magicien Trubardo aussi.
Et le combat commença aussitôt, et le géant fut bientôt tué, d’un coup de la lance sainte.
Hervé pénétra alors dans le château, et voyant une table bien servie, il s’y assit et mangea et but à discrétion. Quand il eût fini, une main invisible prit un flambeau sur la table et le conduisit à une chambre à coucher, où il dormit tranquille, dans un excellent lit de plume.
Le lendemain matin, il vit la porte de sa chambre s’ouvrir et la fille du roi d’Espagne entra et lui dit :
— Tu as bien tué le géant qui garde le château de Trubardo, en son absence ; mais, pour nie retirer d’ici, il te faut encore tuer le magicien lui-même.
— Je le tuerai ; où est-il ?
— Il est absent.
— Quand reviendra-t-il ?
— Je ne sais pas.
— Ne peut-on pas hâter son retour ?
— Si, tu n’as qu’à frapper un coup de marteau sur une boule de cuivre qui est près de la porte du château, et il arrivera aussitôt.
— En ce cas, je vais le faire revenir tout de suite.
Et Hervé descendit et déchargea un vigoureux coup sur la boule de cuivre, qui rendit un son retentissant.
On entendit aussitôt un grand bruit, dans l’air, et le magicien descendit dans la cour, du sein d’un nuage noir.
— Qu’y a-t-il de nouveau par ici ? demanda-t-il.
Rends-moi la fille du roi d’Espagne et ma sœur, la fille du comte du Poitou, lui dit Hervé.
— Tu n’auras ni l’une ni l’autre, répondit le magicien, à moins que tu ne m’ôtes la vie.
— Eh bien ! Je t’ôterai la vie, alors.
Et le combat commença aussitôt ; mais, il ne fut pas long, car du troisième coup, l’épée de Hervé atteignit le magicien dans le point noir qu’il avait à la paume de la main gauche, et il tomba aussitôt et expira.
Alors, on vit encore de belles princesses surgir de tous côtés et venir remercier Hervé de les avoir délivrées, et le prier de les accompagner jusque chez leurs pères pour demander leur main. Mais, il resta insensible à toutes leurs avances et séductions et retourna avec sa sœur et la princesse espagnole à la lande où il avait laissé son troupeau, sous la garde du vieillard qui lui avait fourni des armes. Mais, le vieillard n’était plus là, et il avait ramené le troupeau à l’étable (2). Ce que voyant, ils se mirent en route pour le Poitou.
Mais, que sont devenus les deux compagnons de Hervé, les fils du devin de Scrignac, qu’il avait laissés dans le château de Ferragio, quand il descendit dans le souterrain ?
Quand l’an et le jour furent accomplis, voyant que Hervé ne revenait pas, ils se rendirent à leur navire, levèrent l’ancre, et retournèrent aussi dans le Poitou, mais non sans emporter de grands trésors du château du magicien.
Hervé épousa la princesse espagnole, sa sœur épousa un frère de celle-ci, et les deux noces furent faites le môme jour, et il y eut de grands festins, des fêtes et des réjouissances publiques. Hervé devint, peu après, roi d’Espagne, à la mort de son beau-père.

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micka45
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MessageSujet: Re: Légendes Bretonnes   Jeu 2 Déc - 22:14

note kim
génial les légendes bretonnes

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Kim

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MessageSujet: Re: Légendes Bretonnes   Ven 3 Déc - 1:16

Merci mon Micka!! ^^

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micka45
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MessageSujet: Re: Légendes Bretonnes   Ven 3 Déc - 18:52

c'est normal ma petit Kim

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